Patrick Fort et Boureima Hama
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Présidentielles tendues au Niger: les électeur votent

Présidentielles tendues au Niger: les électeur votent

Un Nigérien vote.Photo Issouf Sanogo / AFP

Patrick Fort et Boureima Hama

NIAMEY, Niger - Le dépouillement des bulletins a commencé dimanche à Niamey après un vote sans incident pour le premier tour de la présidentielle au Niger, le chef d'État sortant Mahamadou Issoufou briguant un deuxième quinquennat face à une opposition qui agite le spectre de la fraude.

Sous les appels à la prière des muezzin et à la lumière de lampes tempêtes, le dépouillement a démarré vers 18 h 30 GMT dans plusieurs bureaux de vote qui avaient ouvert avec plusieurs heures de retard dans un quartier pauvre du nord de Niamey.

Dans ce quartier, appelé Dar Es Salam, le taux de participation était estimé entre 50 et 60 %, a constaté un journaliste de l'AFP après le début du dépouillement.

Aucun incident majeur n'a été signalé en fin de journée malgré des retards de plusieurs heures parfois, dans le début des opérations de vote dans la quasi-totalité des bureaux installés dans le pays, faute de matériel ou de personnel.

«Tout s'est bien passé dans l'ensemble», a affirmé un assesseur du bureau 134, Bachir Moussa, désigné au pied levé pour superviser le vote.

«On a ouvert à 11 h, heure locale car il nous manquait des bulletins. Le président (du bureau de vote désigné par la commission électorale) n'est pas venu et on avait pas son numéro pour l'appeler», explique Bachir. «On a fermé le bureau à 19 h 30 car il n'y a avait plus personne pour voter», a-t-il ajouté alors que le vote devait s'achever officiellement à 19 h, heure locale.

Malgré les tensions entre principaux rivaux politiques, les électeurs nigériens ont voté dans une ambiance cordiale, attendant leur tour pour voter dans la bonne humeur.

Quelque 7,5 millions de Nigériens étaient appelés à choisir entre quinze candidats pour présider le pays de 18 millions d'habitants parmi les plus pauvres de la planète et vivant sous la menace des groupes jihadistes sahéliens et des islamistes nigérians de Boko Haram. Le scrutin était couplé à des législatives.

Les résultats doivent être annoncés dans les cinq jours suivant le scrutin, mais pourraient être proclamés«mardi ou mercredi», selon une source au ministère de l'Intérieur.

«Il n'y aura qu'un seul vainqueur, ce sera le Niger», a déclaré M. Issoufou après avoir voté à l'Hôtel de ville de Niamey, le pouce gauche taché d'encre indélébile.

«Engouement»

Des forces de sécurité étaient présentes dans chaque bureau de Niamey pour parer à toute attaque jihadiste.

«Il n'y a pas de risque zéro mais nous nous organisons pour tenir le pari de la sécurité», a déclaré le ministre de l'Intérieur Hassoumi Massaoudou.

«Tout se passe bien y compris, et je dirais même, surtout à Diffa, où le matériel a été acheminé à l'heure», a précisé le ministre à propos de la zone où sévit Boko Haram et où 200 000 personnes votent dans la ville et dans les immenses camps de déplacés internes.

À Niamey, plusieurs bureaux ont ouvert avec plus de trois heures de retard. Il manquait des bulletins, de l'encre ou des présidents et assesseurs. Un bureau ne disposait pas de sa liste et faisait voter en notant les noms sur la base des cartes d'électeur.

Le président de la commission électorale Ibrahim Boubé a reconnu des «retards» tout en assurant que «tous les électeurs» allaient pouvoir voter.

«Il y a longtemps qu'on n'a pas vu un engouement comme ça. Ca nous rappelle les premiers moments de la démocratie», a commenté un électeur.

Surnommé le «lion», le président Issoufou a prédit une victoire par «un coup K.-O.» dès le premier tour face à une opposition divisée mais qui a promis de s'unir au second tour.

Elle accuse le président de préparer un «hold-up» et la crainte de troubles post-électoraux a commencé à gagner les esprits.

Élu en 2011, M. Issoufou, 63 ans, affronte trois adversaires principaux: deux anciens premiers ministres, Seïni Oumarou et Hama Amadou, ainsi que Mahamane Ousmane, premier président démocratiquement élu (1993-1996), qui a voté à Zinder, deuxième ville du pays où la situation était similaire à Niamey, selon des témoins.

M. Amadou est incarcéré depuis novembre, accusé de trafic d'enfants dans un dossier de «droit commun» selon le pouvoir mais «politique» selon le candidat qui espère aller «de la prison à la présidence».

La campagne a été marquée par des échauffourées entre partisans du président et opposants. Elle a été précédée de l'arrestation de personnalités et de l'annonce d'un coup d'État raté par le pouvoir. Le fichier électoral est contesté.

La lutte contre la misère, principal sujet de la campagne, est compliquée par les effets du réchauffement climatique et une démographie galopante due au plus fort taux de fécondité de la planète. En 2016, deux millions de personnes auront besoin d'une assistance alimentaire, selon l'ONU.

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