Mohamad Ali Harissi
AFP

Raid américain contre l'EI en Libye, près de 50 morts

Raid américain contre l'EI en Libye, près de 50 morts

Une image des dégâts causé par le raid.Photo Reuters

Mohamad Ali Harissi

Dernière mise à jour: 19-02-2016 | 15h59

TRIPOLI, Libye - Des avions de combat américains ont mené vendredi un raid contre un camp d'entraînement du groupe État islamique (EI) en Libye, qui a fait une cinquantaine de morts dont «probablement» un chef de l'organisation jihadiste.

C'est la deuxième fois en trois mois que les États-Unis mènent des frappes ciblées contre l'EI en Libye, pays plongé dans le chaos depuis 2011. Le 13 novembre, un bombardement mené par des F-15 avait tué l'Irakien Abou Nabil, présenté alors par Washington comme «le plus haut responsable de l'EI en Libye».

Le raid aérien a touché vendredi à l'aube un bâtiment de deux étages abritant des jihadistes à Sabrata, à 70 km à l'ouest de Tripoli, ont indiqué les responsables libyens. 

Selon le chef du conseil municipal de Sabrata, Hussein al-Dawadi, «49 personnes ont été tuées (...) et cinq blessées», dont certaines grièvement. La plupart de ceux qui étaient dans la maison «sont arrivés il y a un mois de Tunis, ou peut-être moins», a-t-il dit. 

Les Tunisiens sont nombreux à avoir rejoint les rangs de l'EI en Libye voisine. 

À Washington, un responsable militaire américain a affirmé que le raid avait «probablement provoqué la mort du cadre opérationnel de l'EI Noureddine Chouchane».

Ce Tunisien de 36 ans est soupçonné d'être derrière les deux attentats ayant meurtri la Tunisie l'an dernier: contre le musée du Bardo à Tunis en mars (22 morts) et contre un hôtel près de Sousse en juin (38 morts). 

Selon les autorités tunisiennes, les jihadistes auteurs d'attaques en Tunisie s'étaient entraînés à Sabrata.

«Elément dangereux»

Tunis a présenté vendredi Chouchane comme un «élément terroriste dangereux».

Les jihadistes visés préparaient des attaques contre des intérêts occidentaux, a indiqué le Pentagone.

«Nous avons mené cette action contre (Chouchane) et le camp d'entraînement après avoir déterminé qu'à la fois lui-même et les combattants de l'EI présents en ces lieux préparaient des attaques contre des intérêts américains et ceux d'autres pays occidentaux dans la région», a indiqué Peter Cook, porte-parole du Pentagone.

«L'élimination de Chouchane (va) amputer l'EI d'un intermédiaire d'expérience et nous estimons que cela aura un impact immédiat sur les capacités de l'EI à ancrer ses activités en Libye», a-t-il ajouté.

La maison visée «était louée par des étrangers dont des Tunisiens probablement membres de Daech (acronyme en arabe de l'EI). Des armes, dont des fusils et des roquettes RPG, ont été trouvées sous les décombres» de la maison, entièrement détruite, a précisé la municipalité de Sabrata.

«Nous avons entendu quatre grandes frappes à environ trois heures qui ont fait trembler notre maison», a indiqué Mousaab Kamouka, un habitant du quartier. «On ne savait pas l'origine du bruit jusqu'à ce qu'on apprenne qu'il y a eu un raid contre une maison», a-t-il ajouté. 

Des photos diffusées par la municipalité montrent des décombres avec des matelas et des couvertures éparpillés, un morceau de métal avec l'inscription «État islamique» et des voitures endommagées. 

Quatre cratères étaient visibles au milieu des décombres du bâtiment visé par le raid, une maison située à environ huit kilomètres du centre-ville, selon un photographe de l'AFP.   

C'est la première fois qu'un tel raid aérien vise la ville de Sabrata, contrôlée par la coalition des milices de Fajr Libya qui s'est emparée en août 2014 de Tripoli et de plusieurs autres régions, poussant les autorités reconnues internationalement à s'exiler dans l'Est.

Chaos

Outre le raid mené en novembre contre l'EI, les Etats-Unis ont pris pour cible d'autres groupes jihadistes en Libye. En juin 2015, une frappe avait visé le chef jihadiste Mokhtar Belmokhtar, lié à Al-Qaïda, mais son groupe avait démenti sa mort.

«Il ne s'agit pas d'un changement de stratégie de notre part», a assuré Mark Toner, porte-parole du département d'Etat américain. «La Libye est un sujet d'inquiétude depuis quelques temps et si nous en avons l'opportunité, nous continuerons à frapper les éléments de l'EI qui opèrent là-bas».

«Comme nous mettons sous pression les combattants de l'EI en Syrie et en Irak, ils cherchent à s'établir ailleurs», a-t-il poursuivi. 

Les États-Unis dirigent une coalition internationale qui frappe quasi-quotidiennement l'EI en Irak et en Syrie depuis 2014.

Responsable d'attentats sanglants et d'exactions, l'EI est implanté en Libye depuis 2014, profitant du chaos dans lequel est plongé le pays depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011. Il contrôle la ville de Syrte, à 450 km à l'est de Tripoli, et ses environs et le nombre de ses combattants en Libye a doublé à environ 5000 selon Washington.

Les États-Unis et d'autres pays occidentaux s'alarment du fait que la Libye est en train de devenir un nouveau pôle d'attraction pour les jihadistes. Mais ils ne veulent toutefois pas évoquer maintenant la possibilité d'une intervention militaire et appuient les difficiles efforts de l'ONU pour tenter de mettre en place un gouvernement d'union.

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