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Donald Trump n'est «pas chrétien», selon le pape

Dernière mise à jour: 18-02-2016 | 19h51

Le pape François s'est immiscé jeudi avec fracas dans la campagne présidentielle américaine en jugeant que le favori du camp républicain, Donald Trump, n'était «pas chrétien», ce qui a aussitôt provoqué la fureur du milliardaire américain.

«Une personne qui veut construire des murs et non des ponts n'est pas chrétienne», a lancé le pape François, dans l'avion qui le ramenait du Mexique, en réponse à la question d'un journaliste sur les positions anti-immigrés du candidat à la primaire républicaine.

Jorge Bergoglio a certes affirmé qu'il n'était évidemment pas question pour lui de s'ingérer dans la campagne présidentielle, mais la réaction du milliardaire américain a été immédiate. «Qu'un leader religieux mette en doute la foi d'une personne est honteux», a indiqué Donald Trump dans un communiqué.

«Ce n'est pas dans l'Évangile. Voter, ne pas voter, je ne m'immisce pas. Mais je dis seulement: ce n'est pas chrétien», a affirmé le pontife argentin.

Au journaliste qui lui rapportait les déclarations de Donald Trump, jugeant qu'il faisait de la politique, le pape François a ironisé: «Grâce à Dieu, il a dit que j'étais un politique, car Aristote a défini l'homme comme animal politicus, au moins je suis un homme!»

Conscient sans doute de la dureté de ses propos, le pape jésuite a tenté de les minimiser en se demandant si Donald Trump avait «prononcé ces choses ainsi». «Cela lui donne le bénéfice du doute», a-t-il ainsi ajouté.

Le favori de la primaire républicaine, très critique du pape François, a annoncé qu'il ferait construire un mur à la place de l'actuel grillage entre le Mexique et les États-Unis s'il était élu président.

«Un pape très politique»

«Je pense que le pape est quelqu'un de très politique», a déclaré la semaine dernière Donald Trump sur la chaîne Fox Business. «Je pense qu'il ne comprend pas les problèmes de notre pays. Je ne suis pas sûr qu'il mesure le danger que représente (pour nous) cette frontière ouverte avec le Mexique», a ajouté le milliardaire.

«Je pense que le pape est quelqu'un de très politique», a déclaré la semaine dernière Donald Trump sur la chaîne Fox Business. «Je pense qu'il ne comprend pas les problèmes de notre pays. Je ne suis pas sûr qu'il mesure le danger que représente (pour nous) cette frontière ouverte avec le Mexique», a ajouté le magnat de l'immobilier.

Deux adversaires pour la primaire républicaine ont réagi. «Je ne remets en question la chrétienté de personne car je pense en toute honnêteté que c'est une relation que vous avez avec votre créateur», a déclaré Jeb Bush, ajoutant ne pas «comprendre ce que signifie» la sortie papale.

Pour le sénateur Marco Rubio, né de parents cubains, le pape devrait reconnaître «la générosité» des États-Unis qui «acceptent chaque année un million» de personnes comme résidents permanents. Mais «nous avons aussi le droit (...) de choisir qui entre, quand ils entrent et comment ils entrent».

Vote chrétiens

Le vote des chrétiens - catholiques et protestants - pèse lourd aux États-Unis, et s'étend des ultra-conservateurs, membres du Tea Party, aux progressistes.

L'Église catholique américaine est elle-même divisée. Un bon nombre d'évêques, comme le cardinal Timothy Dolan de New York, sont réservés ou hostiles vis à vis de l'attitude moins intransigeante du pape François sur les questions de société. Beaucoup d'évêques et d'ONG catholiques, en revanche, sont en première ligne pour la défense des droits des immigrés, qui forment une bonne partie des catholiques aux États-Unis.

Le Vatican a expliqué que le pape ne parlait pas en homme politique mais en homme de foi: «La politique n'est pas le métier du pape. C'est un homme de foi, il ne faut pas s'étonner que son message pastoral ait des répercussions politiques et sociales», avait ainsi déclaré le père Federico Lombardi, porte-parole du Vatican, mercredi dans un point de presse à Mexico.

Il n'empêche, il est rare qu'un pape s'immisce de cette manière dans une campagne électorale, du moins dans l'histoire contemporaine. Le pape polonais Jean Paul II a certes joué un rôle non négligeable dans la chute du mur de Berlin et du communisme, mais sans ingérence politique directe.

François, qui a rappelé l'an dernier aux États-Unis et cette semaine au Mexique qu'il était «fils d'immigré», a fait de la défense des migrants et des plus faibles l'axe central de son pontificat.

Mercredi, lors d'une messe transfrontalière inédite à Ciudad Juarez devant plusieurs dizaines de milliers de personnes il a à nouveau dénoncé la «tragédie humaine» des migrations forcées.

Depuis son élection en mars 2013, il n'a pas de mots assez durs pour dénoncer la «culture du déchet», qui broie les plus pauvres, suscitant la méfiance des ultra-conservateurs, principalement aux États-Unis.

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