Olga Nedbaeva et Ania Tsoukanova
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Ukraine: Porochenko demande la démission de son premier ministre

Ukraine: Porochenko demande la démission de son premier ministre

Arseni Iatseniouk et Petro Porochenko.Photo Archives / AFP

Olga Nedbaeva et Ania Tsoukanova

Dernière mise à jour: 16-02-2016 | 15h24

KIEV - Le Premier ministre ukrainien, l'impopulaire Arseni Iatseniouk, a échappé mardi à une motion de censure au Parlement malgré l'appel du chef de l'État à sa démission après une série de scandales de corruption.

Seuls 194 députés ont voté en faveur de la motion de censure alors qu'un minimum de 226 voix était requis. Ce résultat signifie que M. Iatseniouk, longtemps chouchou des Occidentaux, et son cabinet, seront protégés de toute motion de destitution d'ici la fin de la session parlementaire actuelle, prévue le 22 juillet, selon la Constitution ukrainienne.

Cette situation soulève cependant des questions sur la viabilité de la coalition au pouvoir dont les deux principales forces sont celles du président et du Premier ministre. Les deux autres composantes de cette coalition, les partis Samopomitch et Batkivchtchina, se sont clairement prononcées pour le départ du Premier ministre.

Quelques heures plus tôt, le président Petro Porochenko avait créé la surprise en demandant la démission de M. Iatseniouk et du procureur général Viktor Chokine, un proche du chef de l'État. «Pour restaurer la confiance, la thérapie ne suffit pas, c'est la chirurgie qui est nécessaire», a lancé le président.

Mais le Premier ministre de 41 ans, à la tête du gouvernement depuis février 2014, a tenu bon malgré une pluie de critiques au Parlement. Dans son rapport annuel, il a assuré aux députés qu'il avait «fait le maximum dans une situation difficile».

«Nous avons reçu un pays ravagé, avec l'armée russe sur notre territoire (...) Nous laissons aujourd'hui un pays avec les caisses publiques pleines, une armée ukrainienne bien équipée et la dette restructurée», a-t-il insisté.

Arseni Iatseniouk essuie toutefois un feu nourri critiques depuis des mois en raison de l'insuffisance des réformes promises et pour la défense présumée des intérêts des oligarques.

Selon un récent sondage, son action est soutenue par seulement 8 % des Ukrainiens contre près de 70 % qui veulent sa démission.

«Ce n'est pas une questions de griefs personnels, c'est une question de crise de confiance», a lancé Iouri Loutsenko, à la tête du groupe parlementaire du Bloc Porochenko, auteur de la résolution sur la motion de censure.

Sur 143 membres du Bloc Porochenko au Parlement, seuls 97 cependant ont soutenu le limogeage du gouvernement. Des députés proches des oligarques Renat Akhmetov et Igor Kolomoïski n'ont pas non plus voté pour la motion de censure, selon les médias.

Le pouvoir ukrainien devra désormais envoyer un signal fort pour convaincre ses soutiens occidentaux de prolonger leur aide financière, suspendue faute de progrès tangibles des réformes et de la lutte anti-corruption.

Le Fonds monétaire international (FMI) a ainsi averti la semaine dernière que son programme d'aide, crucial pour Kiev, ne pourrait pas continuer sans effort supplémentaire des Ukrainiens.

Pots-de-vin

Les autorités pro-occidentales ukrainiennes sont embourbées dans des scandales de corruption, qui ont poussé plusieurs réformateurs à claquer la porte.

Le ministre de l'Economie réformateur Aivaras Abromavicius a ainsi démissionné début février en accusé un député proche du président de bloquer les réformes de son ministère et de couvrir la corruption.

Lundi, c'est le procureur général adjoint Vitali Kasko, apprécié par les États-Unis, qui avait démissionné, estimant que le parquet avait été transformé «en un endroit où règne la corruption».

Des députés réformateurs et, selon des médias, les Occidentaux, réclamaient depuis des mois la destitution de son supérieur, le procureur général Chokine, accusé d'inaction contre la corruption, voire de la couvrir notamment lorsqu'elle concerne des oligarques proches du pouvoir.

Un proche de M. Iatseniouk, Mykola Martynenko, avait dû renoncer en décembre à son mandat de député à la suite de la publication d'éléments d'une enquête menée en Suisse contre lui. Il est soupçonné d'avoir perçu des pots-de-vin de plus de 6 millions d'euros (9,2 millions $ CND) du constructeur tchèque Skoda.

Un autre proche du Premier ministre, le puissant ministre de l'Intérieur Arsen Avakov, est accusé par des médias de diriger une société immobilière en Italie, ce qui est interdit aux fonctionnaires ukrainiens, ainsi que de faire prospérer les affaires de sa famille dans le secteur gazier grâce à des avantages fiscaux.

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