Jean-Louis de la Vaissière et Carola Solé
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Mexique: le pape demande une justice réelle

Mexique: le pape demande une justice réelle

Le pape et le président mexicain Enrique Pena Nieto.Photo Yuri Cortez / AFP

Jean-Louis de la Vaissière et Carola Solé

MEXICO - Le pape François a demandé samedi aux dirigeants mexicains d'assurer «justice réelle et sécurité effective» dans le pays affecté par une violence endémique et d'abandonner leurs «privilèges», au début d'une visite de cinq jours dans le deuxième pays le plus catholique au monde.

Reçu par l'enthousiaste de milliers de fidèles et par un orchestre mariachi à son arrivée vendredi à Mexico, le pape François, 79 ans, qui semblait en bonne forme, a été accueilli triomphalement samedi matin à sa sortie de la nonciature où il s'est coiffé un instant d'un sombrero. Puis le long des avenues de Mexico, sur des kilomètres, une même foule joyeuse de centaines de milliers de Mexicains lui a fait fête. 

Il a été accueilli au Palais national avec le président Enrique Pena Nieto, une première symbolique dans un pays fervent qui n'a cependant rétabli des relations diplomatiques avec le Vatican qu'en 1992, et possède une longue tradition laïque. 

M. Pena Nieto est du Parti révolutionnaire institutionnel, le parti qui dans le passé a été à l'origine de politiques très anticléricales.

Le pape a appelé la classe politique rassemblée au Palais présidentiel à apporter une «justice réelle» et une «sécurité effective» à la population, alors que le pays est endeuillé par la violence qui a fait 49 morts dans la prison de Monterrey. Il l'a aussi exhortée à abandonner ses privilèges. 

«Chaque fois que nous cherchons la voie des privilèges et des bénéfices pour quelques-uns, tôt ou tard, la vie de la société devient un terrain fertile pour la corruption, le trafic de drogue, l'exclusion des différentes cultures, la violence, le trafic d'êtres humains, les enlèvements et la mort".

Jorge Bergoglio a aussi exalté «la culture métisse», «la biodiversité» et «la multiculturalité» du Mexique, des thèmes qui tiennent à coeur d'un pape défenseur de l'environnement et de la richesse des cultures indigènes.

Rogelio Cantu, un avocat de 57 ans sorti dans la rue pour apercevoir le souverain pontife, faisait écho aux dénonciations du pape: «Qu'il vienne mettre de l'ordre. Le Mexique est l'un des pays les plus catholiques du monde, non? Alors que le pape leur dise aux gouvernants qu'ils trouvent une solution une fois pour toute à la pauvreté, aux problèmes de migration, aux abus de pouvoir».

La visite du pape au Mexique a été demandée avec insistance par le gouvernement de Pena Nieto, fortement critiqué ces dernières années pour la situation des droits de l'Homme.

Après la rencontre avec le président, le souverain pontife devait célébrer dans l'après-midi une messe à la Basilique de Guadalupe.

«La rencontre du pape avec la Vierge de Guadalupe sera monumentale. C'est un grand dévot de la vierge et Guadalupe est non seulement une reine au Mexique mais aussi une impératrice en Amérique» estime Andrew Chesnut, professeur d'études religieuses à l'Université de Virginia Commonwealth, aux États-Unis.

Pauvreté, migration et violence

Le Mexique condense actuellement des problématiques qui préoccupent le souverain pontife: une société inégale où la moitié de la population est pauvre, un pays livré à la violence des narcotrafiquants et dans lequel des milliers de migrants vivent un calvaire en tentant de rejoindre clandestinement l'Eldorado américain. 

«Le Mexique de la violence, de la corruption, du trafic de drogues, des cartels, ce n'est pas le Mexique que veut notre Mère et, bien sûr, je ne veux rien cacher de cela», avait affirmé le pape quelques jours avant sa visite.  

Les choix des étapes du pape semblent à ce titre très symboliques. 

Dimanche, le souverain argentin visitera Ecatepec, une ville surpeuplée à la périphérie de la capitale où les violences ont augmenté dramatiquement, notamment contre les femmes.  

Puis le pape François se rendra ensuite au Chiapas, l'État le plus pauvre, où il devrait donner une messe en utilisant trois langues indigènes (tzotzil, tzeltal et chol) et approuver un décret validant l'emploi de ces langues durant les messes.  

Le pape a réservé la dernière étape de son voyage à la ville frontalière de Ciudad Juarez où il visitera une prison. Il terminera ses cinq jours de visite par une très symbolique messe dans la ville frontière américaine d'El Paso. 

Le pape s'était auparavant arrêté vendredi à Cuba pour un face-à-face sans précédent avec le patriarche orthodoxe russe Kirill, près de mille ans après le schisme entre chrétiens d'Orient et d'Occident.

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