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Haïti: faute de président élu, un gouvernement de transition

PORT-AU-PRINCE - Le président haïtien Michel Martelly, dont le mandat s'achevait samedi, et les présidents des deux chambres du Parlement ont signé un accord prévoyant l'installation d'un gouvernement transitoire dans l'attente du prochain scrutin présidentiel.

«Cela n'a pas été facile mais, comme je l'avais dit, je n'aurais pas laissé ce pays au 7 février aller vers l'incertitude, donc on a travaillé sans relâche ces trois dernières semaines», a déclaré Michel Martelly lors de la cérémonie officielle de signature du document.

Cet accord politique, signé samedi matin quelques heures seulement avant la fin du mandat de Michel Martelly, permet au pays de sortir du flou dans lequel il était plongé.

Le document de quatre pages signale l'élection par le Parlement d'un président provisoire, avec un mandat d'une durée maximale de 120 jours.

«Nous allons tenir dimanche matin une séance en Assemblée nationale pour prendre acte de la fin du mandat du président Martelly et demander au premier ministre et au gouvernement de rester en poste pour liquider les affaires courantes», a expliqué à l'AFP Jocelerme Privert, le président du Sénat. «L'élection du président intérimaire n'aura lieu que plus tard», a-t-il confié sans fournir de date pour ce vote parlementaire.

«La situation en Haïti est exceptionnelle et elle requérait une solution exceptionnelle», a indiqué Ronald Sanders, le chef de mission spéciale de l'Organisation des Etats américains (OEA). «Nous sommes heureux que l'ensemble des acteurs se soient engagés en faveur de la démocratie, la paix et la stabilité dans ce contexte de vide constitutionnel créé par l'absence d'un Président élu pour remplacer M. Martelly».

Satisfait qu'un consensus ait pu être trouvé «dans une ambiance de frères», Michel Martelly a néanmoins souligné que la crise politique n'était pas pour autant résolue.

«Malgré cet accord il faudra rester vigilant parce qu'il faudra prendre en compte le fait que certains ne se retrouveront pas dans cet accord. Pour ça, je demande aux responsables de faire tous leurs efforts pour tenir Haïti dans la stabilité», a déclaré le président à quelques heures de la fin de son mandat.

«Je demande aux différents protagonistes, ceux qui utilisent la violence particulièrement, de comprendre qu'à chaque fois qu'il y a de la violence, Haïti fait un pas en arrière», a-t-il encore regretté.

Vendredi, un homme a été tué dans des affrontements à Port-au-Prince entre des centaines d'opposants au pouvoir haïtien et d'anciens militaires ou des jeunes se réclamant de l'armée, démantelée dans les années 1990.

L'accord politique signé entre les pouvoirs exécutif et législatif indique la tenue du second tour de la présidentielle le 24 avril, et le nouveau Président serait installé le 14 mai. Mais le président du Sénat rappelle qu'il ne s'agit là que d'une proposition de calendrier: «Il appartient au conseil électoral d'établir un calendrier électoral», a précisé Jocelerme Privert.

Évitant un vide du pouvoir, Haïti est désormais confrontée à la nécessité d'un accord parlementaire sur la nomination d'un chef de l'État et d'un Premier ministre intérimaires.

La composition d'un nouveau Conseil électoral provisoire, suite aux démissions successives de six de ses neufs membres, ne va pas non plus manquer d'alimenter les débats au sein de la classe politique.

La secrétaire générale de la Francophonie, Michaëlle Jean, a salué la signature de cet accord et exhorté «tous les acteurs haïtiens à maintenir cette dynamique de dialogue et de consensus».

Après le premier tour des élections tenu le 25 octobre, «une farce ridicule» selon le candidat Jude Célestin, le deuxième tour qui devait l'opposer le 27 décembre au candidat du pouvoir Jovenel Moïse a été reporté dans un premier temps au 24 janvier, avant d'être de nouveau reporté sine die.

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