Claire Gallen
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Crise migratoire: Paris et Berlin mettent la pression sur la Turquie

Crise migratoire: Paris et Berlin mettent la pression sur la Turquie

Le ministre français de l'Intérieur Bernard Cazeneuve après un entretien avec son homologue turc Efkan Ala.Photo Adem Altan / AFP

Claire Gallen

Dernière mise à jour: 05-02-2016 | 14h54

ANKARA - Contrôle des flux, politique de visas, lutte contre les filières: Paris et Berlin veulent accroître la pression sur la Turquie pour tenter de résoudre une crise migratoire qui fait tanguer l'Europe.

La Turquie a un rôle «absolument déterminant» dans la résolution de la crise migratoire, a assuré vendredi le ministre français de l'Intérieur Bernard Cazeneuve après un entretien avec son homologue turc Efkan Ala, notamment pour «prévenir les départs depuis les côtes turques vers la Grèce et pour réadmettre les migrants» ne pouvant prétendre à l'asile, ou encore «renforcer la lutte contre les filières criminelles de passeurs».

Assurant que la France et l'Union européenne étaient «très reconnaissantes» à Ankara pour son engagement déjà réalisé, il a jugé nécessaire de «rapidement consolider notre partenariat avec la Turquie».

Le matin à Athènes, où il avait retrouvé son homologue allemand Thomas de Maizière, le ministre français avait déjà souligné l'«urgence» et l'«obligation de lucidité, d'action, pour stopper les flux et créer les conditions d'un accueil digne de ceux qui, persécutés dans leur pays, relèvent du statut de réfugié en Europe».

Car «l'Europe ne pourra pas accueillir un nombre de réfugiés aussi important» en 2016, avait-il également averti.

Mais le but «ne peut pas être seulement d'enregistrer totalement les réfugiés qui arrivent et de procéder à leur répartition équitable» en Europe à partir des «hotspots», avait aussi averti M. de Maizière. Il faut «avant tout réduire les flux qui arrivent», selon lui.

Les deux ministres s'exprimaient lors d'une conférence de presse à Athènes, dans une ambiance de mise à l'index de la Grèce pour ses défaillances dans la gestion de la crise migratoire.

Plus de 850 000 personnes fuyant guerre et misère sont arrivées dans le pays en 2015, la plupart avant de continuer leur route vers l'Europe du Nord et de l'Ouest.

Dans ce contexte «nous voulons améliorer la coopération opérative avec la Turquie», notamment par une lutte déterminée contre les passeurs, a affirmé le ministre allemand, en amont d'une visite lundi à Ankara de la chancelière Angela Merkel.

«Engagements»

Ankara affirme avoir dépensé 9 milliards de dollars pour les réfugiés, dont le nombre dépasse les 3 millions.

Outre les réfugiés originaires de Syrie, la Turquie voit arriver un nombre croissant de migrants du Soudan, du Pakistan ou de pays du Maghreb, dont les ressortissants, en tant que musulmans, bénéficient sur son territoire d'exemptions de visas.

«Il faut que la Turquie aligne sa politique de visas sur celle de l'Europe», «sinon il n'y aura pas de tarissement du flux», avait affirmé jeudi M. Cazeneuve en visite sur l'île grecque de Lesbos, à quelques encablures des côtes turques. 

Il avait aussi plaidé pour qu'Ankara bénéficie rapidement de l'aide débloquée par l'UE afin de «favoriser le maintien des réfugiés dans les camps» et ainsi organiser le retour dans leur pays lorsque la situation le permettra.

L'UE a validé mercredi le financement d'une aide de 3 milliards d'euros destinée aux réfugiés en Turquie. 

«Il s'agit à présent que les Turcs remplissent leur part des engagements», souligne-t-on de source diplomatique française. 

Ce fonds avait été décidé en novembre dans le cadre d'un accord prévoyant aussi de «redynamiser» les négociations d'adhésion à l'UE, en contrepartie de la coopération de la Turquie à endiguer le flux de migrants.

«Nous serons attentifs aux efforts déployés sur le terrain, et à la baisse des flux migratoires», notamment ceux en provenance de la Turquie «qui doivent être pris en compte pour la pleine et entière application» de cet accord, a assuré M. Cazeneuve.

La question des réfugiés doit figurer parmi les sujets abordés dimanche soir lors d'un dîner entre François Hollande, Angela Merkel et le président du Parlement européen Martin Schulz à Strasbourg.

L'enjeu est de taille pour les Européens, car l'arrivée du printemps risque d'entraîner un nouveau pic de l'exode. La question est devenue particulièrement cruciale pour la chancelière Angela Merkel, sous pression politique alors que son pays a accueilli plus d'un million de candidats à l'asile l'an dernier.

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