Agnès Pedrero et Maya Gebeily
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Syrie: première rencontre formelle entre l'opposition et l'ONU

Syrie: première rencontre formelle entre l'opposition et l'ONU

Le haut-commissaire de l'ONU pour les droits de l'Homme, Zeid Ra'ad Al Hussein. Photo Fabrice Coffrini / AFP

Agnès Pedrero et Maya Gebeily

Dernière mise à jour: 01-02-2016 | 15h37

GENÈVE - Après plusieurs jours de valse hésitation, l'ONU a officiellement annoncé lundi le début des discussions de paix sur la Syrie à Genève, même si l'opposition exige toujours des progrès humanitaires concrets sur le terrain avant d'entrer dans le dur de la négociation avec le régime de Damas.

«Nous commençons officiellement les discussions de Genève», a lancé en anglais l'émissaire de l'ONU pour la Syrie Staffan de Mistura, avant de répéter en français: «les négociations, les discussions, ont commencé aujourd'hui à 17h». 

M. de Mistura, qui s'échine depuis des semaines à faire entrer les ennemis syriens dans un processus de discussions indirectes, venait de rencontrer pendant deux heures la délégation de l'opposition au Palais des Nations à Genève.

«Ils insistent sur le fait que la population civile syrienne mérite de voir une réduction concrète de la violence sur le terrain pendant que des discussions politiques se déroulent. C'est un argument très fort», a ajouté le diplomate onusien. «Nous devons vraiment voir quelque chose de concret, en dehors d'une longue et douloureuse négociation», a-t-il insisté.

Juste avant lui, un porte-parole de l'opposition, Salem al-Meslet, s'est montré moins affirmatif.

«Nous sommes venus discuter de questions humanitaires et nous avons reçu des messages très positifs de la part de l'envoyé spécial de l'ONU», a reconnu M. al-Meslet. «Nous ferons tout pour entrer dans le processus politique (de négociation)», a-t-il assuré, tout en réitérant fermement les exigences humanitaires de l'opposition.

Trois questions importantes

«Trois questions sont importantes pour nous, la levée des sièges, la libération de détenus, et l'arrêt des attaques contre les civils par les bombardiers russes (alliés de Damas) et par le régime», a-t-il égrené.

Le Haut comité des négociations (HCN), qui regroupe des politiques et des représentants des groupes armés en Syrie, réclame depuis des jours des améliorations tangibles sur le terrain pour entrer dans la négociation, alors que la situation des civils en Syrie, bombardés, affamés, est chaque jour plus catastrophique.

Alors que l'arrêt à court terme des bombardements semble irréalisable, travailler en vue de la libération de civils, femmes et enfants, «serait un premier signal que quelque chose de différent est en train de se produire», a estimé M. de Mistura.

L'opposition a commencé à dresser des listes de noms de détenus, ont indiqué plusieurs de ses membres au cours des jours précédents.

Par ailleurs, son négociateur en chef, Mohammed Allouche, membre du bureau politique du groupe armé rebelle Jaïch al-Islam (l'Armée de l'Islam), un mouvement d'inspiration salafiste que le régime de Damas qualifie de «terroriste», est arrivé en début de soirée à Genève pour rejoindre la délégation.

Six mois de discussions prévus

M. De Mistura a annoncé qu'il recevrait mardi la délégation du régime de Damas - qu'il avait déjà rencontrée vendredi-, puis de nouveau celle du HCN, afin «d'examiner plus profondément les points qui ont été soulevés».

Les discussions intersyriennes, dont le cadre a été fixé par une résolution de l'ONU en décembre, visent à mettre en place une autorité de transition avant l'organisation d'élections à la mi-2017.

L'émissaire de l'ONU veut mettre en place un dialogue indirect entre les deux camps, avec des émissaires chargés de faire la navette, et a déjà annoncé que les discussions étaient prévues pour durer six mois.

Pour pousser le processus, un grand nombre de diplomates des principaux pays impliqués directement ou indirectement en Syrie sont présents à Genève.

La communauté internationale cherche une issue négociée à la guerre en Syrie qui, depuis mars 2011, a fait plus de 260 000 morts et poussé des millions de personnes à quitter leur foyer.

«Soyons réalistes. On vient de très loin, on a des gens qui ne se sont pas parlé depuis deux ans (lors de premiers pourparlers intersyriens en 2014, qui s'étaient soldés par un échec), et en deux ans les horreurs ont continué, la situation a empiré», résume un diplomate occidental.

Le chaos syrien a également permis l'essor du groupe État islamique (EI) qui a conquis de larges pans du territoire. Dimanche, un attentat anti-chiite revendiqué par l'EI a encore tué au moins 70 personnes, près de Damas.

La coalition anti-EI menée par les États-Unis se retrouvera d'ailleurs à Rome mardi, où se trouve le secrétaire d'Etat américain John Kerry, et pourraient évoquer le dossier syrien.

Par ailleurs, une conférence des donateurs est prévue jeudi à Londres pour lever des fonds en faveur des 13,5 millions de personnes en situation de vulnérabilité en Syrie, et pour les 4,2 millions de réfugiés.

L'an dernier l'ONU et ses agences avaient réclamé 8,4 milliards de dollars mais n'en avaient reçu que 3,3 milliards.

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