Cécile Feuillatre et Charlotte Plantive
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Pourparlers sur la Syrie: l'opposition en route vers Genève

Pourparlers sur la Syrie: l'opposition en route vers Genève

Le médiateur de l'ONU, Staffan de Mistura.Photo Fabrice Coffrini / AFP

Cécile Feuillatre et Charlotte Plantive

GENÈVE - Le principal groupe d'opposants syriens est arrivé samedi à Genève où l'ONU organise des pourparlers de paix indirects, mais a immédiatement menacé de repartir si le régime de Damas ne renonçait pas à commettre des «crimes» dans le pays.

Alors que l'urgence humanitaire grandit chaque jour un peu plus en Syrie, une délégation du Haut comité des négociations (HCN), une coalition d'opposants politiques et de combattants formée en décembre, est arrivée en fin d'après midi en Suisse depuis Ryad, après avoir hésité pendant quatre jours à participer aux discussions.

Initialement, le HCN avait conditionné sa participation à plusieurs revendications humanitaires: levée des sièges, arrêt des bombardements, libération de prisonniers, etc.

Sous la pression internationale, notamment des Etats-Unis, il s'est finalement décidé à dépêcher des émissaires après avoir obtenu de vagues «garanties» qui ne se sont pas accompagnées d'amélioration tangible sur le terrain. Samedi soir, son coordinateur Riad Hijab a donc souligné que le HCN ne renonçait pas à ses demandes.

«Si le régime persiste à commettre ses crimes, alors la présence de la délégation du HCN à Genève ne sera plus justifiée», a-t-il écrit dans un communiqué. Le HCN retirera «son équipe de négociateurs si l'ONU et les puissances mondiales sont incapables d'arrêter ces violations», a-t-il ajouté.

Depuis mars 2011, la guerre en Syrie a fait plus de 260 000 morts et jeté des millions de personnes sur les routes. Et chaque jour, le bilan s'alourdit.

Samedi, MSF a annoncé que 46 personnes étaient mortes de faim depuis le 1er décembre à Madaya, près de Damas, où 40 000 personnes sont assiégées par le régime. Outre cette ville-symbole, 13 autres villes sont assiégées par le régime, les rebelles ou les jihadistes de l'État islamique (EI), selon l'ONU.

Les civils souffrent également des bombardements de l'armée loyaliste mais aussi de son allié russe qui, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), a tué près de 1400 civils depuis le lancement de ses frappes aériennes en septembre.

Selon cette même ONG, au moins dix civils ont encore péri samedi dans des frappes, probablement russes, dans la province de Deir Ezzor.

L'intervention militaire de Moscou est à l'origine de tensions aiguës avec la Turquie qui a accusé samedi la Russie d'avoir à nouveau violé son espace aérien, ce que le Kremlin a démenti. En novembre, la Turquie avait abattu un avion russe pour cette raison.

Les frictions entre les deux pays, qui s'opposent également sur le rôle des Kurdes en Syrie (soutenu par le Kremlin, mais ennemis d'Ankara) pourraient encore compliquer les discussions de Genève, déjà fragiles.

«Des déceptions»

Le processus de Genève a été lancé vendredi soir lors d'une «réunion préparatoire» entre l'émissaire de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura et des représentants du régime du président Bachar al-Assad.

Les négociations sont prévues pour durer six mois et doivent se dérouler de manière indirecte, c'est-à-dire que les différentes délégations seront dans des pièces distinctes et que des émissaires feront la navette.

La résolution 2254 de l'ONU, adoptée en décembre, qui fixe un cadre aux négociations, demande l'accès aux populations assiégées et l'arrêt des attaques contre les civils. Elle pose ensuite comme objectif la conclusion de cessez-le feu, la mise en place d'une autorité de transition et des élections d'ici mi-2017.

«Nous sommes au devant de négociations difficiles, il y aura des déceptions», a estimé samedi le chef de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier.

Le processus de Genève a été relancé sur initiative de pays occidentaux, de la Russie, de l'Iran et de la Turquie, intéressés pour des raisons différentes par la crise en Syrie.

Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov et son homologue américain John Kerry ont convenu samedi «d'évaluer les progrès» le 11 février des discussions inter-syriennes lors d'une rencontre à Munich, en Allemagne.

S'ils sont d'accord pour essayer de trouver une issue politique en Syrie, les parrains du processus s'opposent sur de nombreux points, notamment sur le sort à réserver à Assad dans la transition.

Le président syrien est considéré par les Occidentaux comme le bourreau de son propre peuple, mais ses alliés russe et iranien refusent sa mise à l'écart. Les Occidentaux ont toutefois infléchi leurs appels à un départ rapide du chef de l'Etat depuis la percée du groupe EI, désormais considéré comme la menace principale.

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