Siavosh Ghazi
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Marins américains libérés par l'Iran: crise évitée

Marins américains libérés par l'Iran: crise évitée

Image des marins américains diffusée par les Gardiens de la révolution iraniens.Photo AFP

Siavosh Ghazi

TÉHÉRAN, Iran - L'Iran et les États-Unis ont cherché à éviter une crise avec la libération rapide mercredi de marins américains détenus par Téhéran, à quelques jours de l'entrée en vigueur attendue de l'accord historique sur le nucléaire.

«Je veux remercier les autorités iraniennes pour leur coopération et leur réponse rapide (...) Nous pouvons tous imaginer comment une situation semblable pourrait avoir évolué il y a trois ou quatre ans», a dit le secrétaire d'État américain John Kerry après la libération de 10 marins qui s'étaient égarés dans les eaux iraniennes.

Son homologue iranien Mohammad Javad Zarif s'est félicité du règlement rapide de l'affaire par «le dialogue et le respect», loin de la politique «des menaces».

En principe toujours adversaires depuis la rupture de leurs relations en 1980, l'Iran et les Etats-Unis ont amorcé un rapprochement à la faveur de longues négociations sur le programme nucléaire iranien couronnées en juillet par un accord historique entre Téhéran et les grandes puissances.

Interceptés mardi à bord de deux petits navires rapides de guerre au large de l'île iranienne de Farsi, dans le nord du Golfe, les 10 marins, neuf hommes et une femme, ont été libérés après moins de 24 heures de captivité.

«Après avoir présenté des excuses, ils ont été libérés dans les eaux internationales» car «leur entrée dans les eaux territoriales iraniennes n'était pas intentionnelle», ont annoncé les Gardiens de la révolution, l'armée d'élite du régime.

«C'est notre faute, nous nous excusons pour cette erreur», a indiqué sur des images de la télévision d'Etat iranienne un homme présenté comme un des 10 marins, ajoutant qu'ils avaient été bien traités en détention.

D'autres images de la télévision d'État montrent les marins mains sur la tête ou assis à même le sol sur des tapis en train de déjeuner.

Le département d'État américain a affirmé que M. Kerry n'avait pas présenté d'excuses pour l'incident.

«Bonne histoire»

Dès le début de cette affaire, Washington s'était abstenu de jeter de l'huile sur le feu. Et côté iranien, l'amiral Ali Fadavi, commandant des forces navales des Gardiens de la révolution, a rapidement expliqué que l'action des marins n'était pas «hostile» et parlé «d'une panne de leur système de navigation».

Selon un diplomate américain, M. Kerry a eu «au moins cinq fois» M. Zarif au téléphone et s'est efforcé de le convaincre qu'une solution rapide à l'affaire serait une «bonne histoire» pour les deux pays, c'est-à-dire qu'elle offrait l'occasion à l'Iran de «démontrer qu'il était une nation responsable».

Les États-Unis maintiennent une importante présence militaire dans les eaux stratégiques du Golfe. Plusieurs incidents avaient déjà opposé leur marine aux forces navales iraniennes.

La marine américaine privilégie l'hypothèse d'une erreur de navigation pour expliquer l'entrée «non intentionnelle» de navires dans les eaux iraniennes.

Pour Téhéran, les nombreux «contacts téléphoniques menés à l'approche de l'entrée en vigueur de l'accord nucléaire ont permis de régler plus rapidement» l'affaire.

Celle-ci est en effet survenue alors que l'Iran achève la mise en application de ses engagements prévus par l'accord nucléaire qui vise à limiter ses activités sensibles en échange d'une levée progressive et contrôlée des sanctions internationales.

Au plus tard dimanche

Après la libération des marins, l'un des principaux négociateurs nucléaires iraniens, Abbas Araghchi, a affirmé que l'entrée en vigueur officielle de l'accord devrait intervenir au plus tard dimanche.

L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) n'a pas confirmé cette annonce. Mais selon un responsable iranien, un «grand nombre» d'inspecteurs de l'AIEA se trouvent en Iran pour vérifier les mesures prises par Téhéran.

Selon M. Araghchi, un «communiqué commun» sera publié par M. Zarif et la chef de la diplomatie de l'Union européenne Federica Mogherini au nom des puissances du groupe 5+1 (États-Unis, France, Royaume-Uni, Russie, Chine, Allemagne) pour officialiser l'application de l'accord.

Ce jour marquera le début d'une période d'au moins 10 ans durant laquelle l'Iran limitera son programme nucléaire parallèlement à la levée ou la suspension effective des sanctions internationales.

Téhéran a déjà réduit le nombre de ses centrifugeuses et envoyé à l'étranger la quasi totalité de son stock d'uranium faiblement enrichi. Il doit encore retirer prochainement le coeur du réacteur à eau lourde d'Arak.

L'accord a provoqué la colère des alliés traditionnels des États-Unis, l'Arabie saoudite et Israël notamment. M. Kerry doit rencontrer jeudi à Londres son homologue saoudien Adel al-Jubeir.

L'affaire des marins survient aussi alors que la Cour suprême des États-Unis s'est penchée mercredi sur un volumineux dossier portant sur 1,75 milliard de dollars de compensations exigées par des familles de victimes d'attentats fomentés ou soutenus selon elles par l'Iran.

Ces rescapés d'attaques et représentants de plus d'un millier d'Américains tués demandent le versement de ces fonds gelés à New York et correspondant à des obligations dans lesquelles avait investi la Banque Markazi, la banque centrale d'Iran. 

Parmi eux figurent les proches des 241 soldats américains tués le 23 octobre 1983 dans les deux attentats-suicides qui avaient frappé les contingents américain et français de la Force multinationale de sécurité à Beyrouth.

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