Leticia Pineda
AFP

La prison de «El Chapo» sous haute surveillance

La dernière planque de Joaquin «El Chapo» Guzman

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Leticia Pineda

MEXICO - Un tank militaire stationné devant la prison de haute sécurité d'Altiplano (Mexique). À l'intérieur, le sol d'une cellule a été recouvert de barres métalliques pour empêcher qu'on y creuse un tunnel.

Les autorités ont pris des mesures exceptionnelles pour éviter que le baron de la drogue Joaquín «El Chapo» Guzmán s'évade une seconde fois de la prison, avant une possible extradition vers les États-Unis.

Guzman est retourné dans cet établissement de sécurité maximale vendredi soir, après avoir été interpellé par la Marine mexicaine dans l'État de Sinaloa, son fief natal.

Il a fallu 17 mois au chef de cartel pour s'échapper de cette prison réputée la plus sûre du pays, située à 90 km de Mexico, après son interpellation en février 2014. 

Bénéficiant de complicités internes, le baron de la drogue s'était enfui, le 11 juillet dernier, par un trou creusé sous la douche de sa cellule, conduisant à un tunnel long d'un kilomètre et demi et débouchant sous une demeure en construction.

Peu après, les autorités avaient arrêté 13 fonctionnaires, dont le directeur de l'établissement et le responsable national des prisons.

Ces six derniers mois, les autorités ont apporté des améliorations aux filtres de sécurité, à la télésurveillance et aux centres de surveillance, selon un communiqué de la Commission nationale de sécurité.  

Une photo montrant d'épaisses barres métalliques séparées de quelques centimètres posées sur le sol d'une cellule a été publiée vendredi dans le quotidien mexicain El Universal.

«Tout est fait pour éviter une nouvelle évasion», a indiqué à l'AFP un fonctionnaire du gouvernement fédéral sous couvert d'anonymat.

«Le monde regarde»

Le gouvernement américain a demandé au Mexique de veiller à ce que Guzman ne s'échappe pas de nouveau.

«Je suppose que les autorités mexicaines savent que le monde les regarde, et que cet individu doit rester derrière les barreaux», a déclaré lundi le porte-parole du Département d'État américain, John Kirby.

Une nouvelle fugue du narcotrafiquant serait politiquement désastreuse pour le gouvernement du président mexicain Enrique Pena Nieto, déjà grandement éprouvé par l'évasion hollywoodienne du chef de cartel.

Le retour de «El Chapo» à la prison d'Altiplano avait surpris certains commentateurs.

Selon Gerardo Rodríguez, professeur à l'Université de las Americas et expert en sécurité nationale, les autorités ont tenu à renvoyer Guzman «dans la prison d'où il s'est échappé» et donner le signal que ce lieu «continue de donner les garanties pour garder l'homme le plus recherché du monde».

Avec le risque, toutefois, qu'au fil des mois, Guzman puisse de nouveau corrompre ou menacer des juges ou des fonctionnaires de la prison, ajoute l'universitaire. 

Pour l'expert en sécurité Raul Benitez Manaut, le plus inquiétant n'est pas qu'il s'échappe mais qu'il soit tué en prison pour éviter qu'en cas d'extradition, «il ne se mette à parler et compromette» des hommes politiques corrompus.

Achevée en 1990, la prison d'Altiplano est équipée de murs d'un mètre d'épaisseur et de capteurs souterrains et son espace aérien est limité. 

Grande évasion

Guzman avait été placé dans la cellule 20 de la section réservée aux criminels les plus dangereux, où se trouvait notamment Edgar «La Barbie» Valdez, un des leaders du cartel de Los Beltran Leyva, extradé l'an dernier vers les États-Unis.

Deux caméras filmaient l'entrée de la cellule et l'intérieur. La nuit de l'évasion, les images de télésurveillance montre Guzman disparaître derrière le muret de sa douche.

Il avait fallu près de 40 minutes aux gardiens pour constater sa disparition.

Dans leurs déclarations, auxquelles l'AFP a pu avoir accès, des policiers arrêtés durant l'enquête décrivent la folle nuit d'évasion d'«El Chapo». 

Quelques minutes avant sa disparition, l'attention des gardiens a été distraite par un détenu soudainement malade. Un gardien corpulent est ensuite resté coincé dans l'étroite ouverture empruntée par le fugitif, retardant la poursuite. 

La confusion régnait également parmi les policiers et les gardiens parce que personne ne savait qui devait déclencher l'alerte. 

Selon des analystes, le système pénitentiaire mexicain souffre d'un manque de professionalisme et de formation, ainsi que de salaires trop bas. 

«Ils sont mal traités», estime l'expert Gerardo Rodriguez, «ils sont vus comme les vilains canards» du système national de sécurité. 

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