Serge Daniel
Agence QMI

Une Suissesse enlevée une deuxième fois par des jihadistes

Une Suissesse enlevée une deuxième fois par des jihadistes

Béatrice Stockly en avril 2012.Photo Archives / AFP

Serge Daniel

BAMAKO, Mali - Une ressortissante suisse a été enlevée dans la nuit de jeudi à vendredi à Tombouctou, dans le nord-ouest du Mali, où elle vivait depuis plusieurs années, après y avoir déjà été victime d'un rapt par des jihadistes en 2012.

Il s'agit du premier enlèvement d'Occidental au Mali depuis celui de deux journalistes de la radio RFI, assassinés par leurs ravisseurs le 2 novembre 2013 à Kidal.

«Jeudi (dans la) nuit, Béatrice, une ressortissante suisse a été enlevée chez elle à Tombouctou par des hommes armés», a déclaré à l'AFP un responsable du gouvernorat de Tombouctou.

«Ils ont tapé, elle a ouvert et ils sont partis avec elle», a précisé une source de sécurité malienne.

«Pour les auteurs, il n'y pas de doute, ce sont les terroristes jihadistes», a affirmé à l'AFP une source militaire malienne, faisant état de recherches et de «deux interpellations à Tombouctou».

L'enlèvement n'avait pas été revendiqué vendredi soir.

Le ministère suisse des Affaires étrangères a confirmé «avoir connaissance de l'enlèvement présumé d'une Suissesse au Mali», rappelant déconseiller depuis 2009 de voyager dans ce pays et avoir de nouveau «fortement découragé» ses ressortissants d'y séjourner après le rapt de 2012.

Cet enlèvement survient après l'assassinat à la mi-décembre dans la même ville de trois personnes, dont un journaliste de la radio chrétienne «Tahanite» (pitié, en langue locale tamasheq) qui émet depuis Tombouctou.

Béatrice Stockly avait déjà été enlevée en avril 2012 à Tombouctou par des jihadistes, puis libérée peu après grâce à une médiation du Burkina Faso.

Elle avait été relâchée par le groupe islamiste Ansar Dine, du Touareg malien Iyad Ag Ghaly, contrôlant alors la cité historique, qu'elle avait refusé de quitter.

La libération de cette femme qui revendique sa foi chrétienne, très impliquée dans les actions sociales, était intervenue au bout d'une dizaine de jours contre le paiement d'une rançon, avaient affirmé à l'AFP plusieurs sources de sécurité. 

Un médiateur burkinabè et un responsable du groupe Ansar Dine avaient démenti tout versement de rançon.

Selon un porte-parole du groupe jihadiste à Tombouctou à l'époque, «la seule condition que nous avons posée est qu'elle ne revienne plus chez nous». «Elle profite de la pauvreté et de l'ignorance de nos enfants», avait-il accusé.

«Imprudence»

Peu après l'intervention lancée par la France en janvier 2013, Béatrice Stockly avait regagné Tombouctou.

Elle était revenue s'installer dans le quartier Abaradjou, une zone non sécurisée, «c'est là qu'elle a été enlevé la première fois», a indiqué à l'AFP Mohamed Ag Mossa Yattara, pasteur de l'Église évangélique des Assemblées de Dieu de Tombouctou.

«Elle a été imprudente», a-t-il déploré: «Plusieurs fois il y a eu des avertissements, on lui a dit "Attention, tu as déjà été enlevée une fois, tu risques d'être enlevée une deuxième fois".»

Le nord du Mali était tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda, dont Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et Ansar Dine après la déroute de l'armée face à la rébellion à dominante touareg, d'abord alliée à ces groupes qui l'ont ensuite évincée.

Les jihadistes ont été dispersés et en grande partie chassés à la suite du lancement de l'intervention militaire internationale qui se poursuit actuellement.

Mais des zones entières échappent encore au contrôle des forces maliennes et étrangères, malgré la signature en mai-juin 2015 d'un accord de paix entre le gouvernement malien, les groupes qui le soutiennent et l'ex-rébellion de la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA).

Le pays est d'ailleurs sous état d'urgence jusqu'au 31 mars, une mesure prise pour dix jours à la suite de l'attentat jihadiste contre un grand hôtel de Bamako le 20 novembre (20 morts, dont 14 étrangers, outre les deux assaillants), puis reconduite le 22 décembre à titre préventif.

Dans son rapport sur le Mali en décembre, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon s'est félicité de récentes avancées dans l'application de l'accord de paix mais s'est alarmé d'une «intensification des activités des groupes extrémistes et des réseaux de criminalité organisée, en particulier dans les régions de Mopti, de Ségou (centre) et de Tombouctou et à Bamako».

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