Stéphane Barbier
AFP

Efforts pour une désescalade entre Téhéran et Ryad

Efforts pour une désescalade entre Téhéran et Ryad

Le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif.Photo Atta Kenare / AFP

Stéphane Barbier

TÉHÉRAN - L'Iran a exigé mercredi de l'Arabie saoudite qu'elle cesse de s'opposer à ses «efforts» pour «la paix» au moment où la communauté internationale tente d'apaiser les vives tensions au Moyen-Orient survenues depuis l'exécution d'un dignitaire chiite saoudien.

Cette exécution a été suivie des attaques contre l'ambassade saoudienne à Téhéran et du consulat de Machhad (nord-est de l'Iran), conduisant le royaume sunnite à rompre ses relations diplomatiques avec l'Iran chiite.

Mercredi, les diplomates iraniens en poste en Arabie saoudite et leurs familles sont rentrées à Téhéran où le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif a demandé à Ryad d'arrêter «de créer des tensions» dans la région.

«Depuis deux ans et demi, l'Arabie saoudite s'est opposée aux efforts de la diplomatie iranienne» et «elle doit arrêter cette tendance à créer des tensions», a affirmé M. Zarif.

Il a en particulier souligné que l'Arabie saoudite s'était «opposée à l'accord nucléaire» conclu en juillet entre l'Iran et les grandes puissances.

L'Iran a «toujours recherché la paix (...) avec ses voisins», sans «chercher à créer des tensions», a-t-il affirmé lors d'une conférence de presse avec son homologue irakien Ibrahim Jaafari, en visite à Téhéran.

Ce dernier a pour sa part indiqué que l'Irak, «qui a de bonnes relations avec l'Iran et les pays arabes», travaillait à faire baisser les tensions afin de ne «pas entraîner la région dans une guerre qui ne pourrait avoir de vainqueur».

«Affaires intérieures»

L'exécution samedi en Arabie saoudite d'un opposant et dignitaire religieux chiite, Nimr al-Nimr, a provoqué des manifestations et des violences de la part de musulmans chiites dans plusieurs pays du Moyen-Orient, dont l'Iran et l'Irak.

Depuis l'exécution de ce dignitaire et de 46 autres personnes condamnées pour «terrorisme», deux autres condamnés à mort pour meurtre ont été mis à mort en Arabie saoudite.

Le président islamo-conservateur turc Recep Tayyip Erdogan a jugé mercredi que ces exécutions relevaient «des affaires intérieures de l'Arabie saoudite».

Quelques heures après la mort de Nimr, des centaines de manifestants en colère ont attaqué et partiellement détruit les représentations saoudiennes à Téhéran et Machhad.

Lors de la réunion hebdomadaire de son cabinet mercredi, le président iranien Hassan Rohani a réitéré sa condamnation de ces violences, demandant en même temps à l'Arabie saoudite de corriger «ses erreurs passées» et «de renoncer à la mauvaise direction» qu'elle a prise selon lui.

La décision de Ryad de rompre ses relations avec l'Iran a été suivie par Bahreïn et le Soudan. Les Émirats arabes unis ont eux décidé de réduire leurs relations diplomatiques avec Téhéran, et le Koweït a rappelé son ambassadeur en Iran.

Oman, seule monarchie du Golfe à entretenir des relations étroites avec Téhéran, a "profondément regretté" mercredi les attaques contre des représentations diplomatiques en Iran, sans annoncer de mesures de rétorsion.

«Besoin de dialogue»

Bahreïn a annoncé mercredi avoir «démantelé» une cellule projetant des attentats liée aux Gardiens de la révolution iraniens et au mouvement chiite libanais Hezbollah.

La communauté internationale craint que cette escalade n'accentue encore les conflits du Moyen-Orient. Washington, Moscou et les pays européens ont appelé les deux puissances régionales au calme.

Mardi soir, John Kirby, porte-parole du département d'État américain, a affirmé que le secrétaire d'État John Kerry «exhortait au calme, soulignant le besoin de dialogue et d'implication» de tous pour faire baisser la tension entre Ryad et Téhran.

Une coopération entre Ryad et Téhéran est cruciale pour régler les conflits en Syrie et au Yémen, où ces deux grands rivaux régionaux soutiennent les camps opposés qui se combattent.

L'Iran est avec la Russie le principal allié du régime de Bachar al-Assad, alors que l'Arabie saoudite soutient l'opposition syrienne.

Au Yémen, l'Arabie saoudite a pris la tête d'une coalition militaire arabe qui soutient le gouvernement yéménite contre des rebelles chiites houthis appuyés par l'Iran.

Sur le plan économique, la crise diplomatique entre ces deux importants producteurs de brut reste un facteur affectant les prix du pétrole qui étaient orientés à la hausse en Asie mercredi matin.

L'Arabie saoudite a réduit pour février le prix de son pétrole pour l'Europe, mais a augmenté le prix de toutes les catégories de pétrole destinées à l'Asie.

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