Rob Kerr
AFP

Un parc américain occupé par des hommes armés

Rob Kerr

Dernière mise à jour: 04-01-2016 | 20h31

BURNS, États-Unis - La police a appelé lundi à rentrer chez eux les dizaines de miliciens armés, essentiellement des fermiers et éleveurs, qui occupent depuis samedi un parc naturel de l'Oregon, au nord-ouest du pays.

Une douzaine de manifestants, beaucoup en chapeaux de cowboys traditionnels des éleveurs américains, accompagnés d'une dizaine de femmes et enfants, défiaient encore les autorités au siège du Malheur Wildlife Refuge, a constaté un photographe de l'AFP.

Ces miliciens antigouvernementaux, dont beaucoup sont originaires d'États voisins, battaient le pavé en faveur de Dwight Hammond, 73 ans, et de son fils Steven, 46 ans, deux éleveurs locaux condamnés à cinq ans de prison pour avoir mis le feu à des terres fédérales.

Les manifestants assurent que tous deux ont fait l'objet de harcèlement de la part des autorités après avoir refusé de vendre leurs terres.

Les Hammond se sont présentés lundi dans l'établissement pénitentiaire où ils doivent purger leur peine.

«Les Hammond se sont rendus: il est temps pour vous de quitter notre communauté. Rentrez chez vous, dans vos propres familles et finissez cela pacifiquement», a enjoint Dave Ward, shérif du comté de Harney, une région rurale et agricole de l'ouest américain.

Il a déploré qu'une «manifestation pacifique se soit transformée en (occupation) armée et illégale».

Les protestataires, un groupe disparate d'exploitants agricoles et d'éleveurs qui s'est donné pour appellation «Les Citoyens pour la liberté constitutionnelle», affirment porter des armes pour exprimer leur droit constitutionnel à le faire.

Ils sont menés par Ammon Bundy, qui a promis que leurs intentions étaient pacifiques, tout en avertissant que son groupe était prêt à maintenir le siège «des années», jusqu'à ce que le gouvernement rende les terres aux exploitants locaux.

Les manifestants se sont aussi dits prêts à répliquer en cas d'intervention armée de la police pour les déloger.

Ammon Bundy et son frère Ryan sont les fils de Cliven Bundy, un agriculteur pro-armes du Nevada voisin qui avait affronté la police en 2014.

Les Hammond se sont distancés des Bundy.

«Dwight et Steven Hammond respectent la loi et l'ont fait tout au long de leur bataille de cinq ans devant les tribunaux», ont fait valoir leurs avocats dans un communiqué reçu par l'AFP.

Terroristes

Ils en appellent aussi «à la clémence» du président américain: «Nous espérons que le président Obama sera d'accord avec nous et avec un juge qui a supervisé leur procès, pour dire qu'une peine minimale de 5 ans est trop élevée».

L'Association des éleveurs d'Oregon (OCA) a également marqué sa désapprobation face à l'occupation du parc Malheur.

«L'OCA soutient les Hammond» et «n'est pas d'accord avec leur nouvelle condamnation», mais «ne souscrit pas aux actes illégaux contre le gouvernement. Cela inclut la prise par des miliciens de propriétés gouvernementales, comme le Malheur Wildlife Refuge», note l'organisation dans un communiqué.

Plusieurs médias américains critiquaient les méthodes des occupants du parc Malheur, les comparant à des «terroristes», à l'instar de CNN ou du Washington Post.

Sur les réseaux sociaux, certains prenaient parti pour eux, d'autres leur accolaient les sobriquets, «Y'all Qaïda» ou «Vanilla ISIS», détournant le vocabulaire jihadiste.

Les Hammond ont été condamnés en 2012 pour avoir mis le feu en 2001 et 2006 à des terres fédérales sur lesquelles ils détenaient des droits de pâture pour leur bétail.

Un juge a ordonné qu'ils retournent derrière les barreaux après qu'ils eurent déjà fait de la prison pour incendie, estimant trop clémente leur première condamnation.

La police ne donnait quant à elle toujours pas de signe d'intervention.

«Nous travaillons avec le shérif du comté de Harney pour trouver une issue pacifique», s'est contenté d'indiquer le FBI sur Twitter.

Après une manifestation qui avait rassemblé samedi environ 300 personnes à Burns, un groupe s'était rendu dans le parc fédéral, situé à 80 kilomètres de la ville de 2800 âmes, où vivent entre autres animaux des chevaux sauvages et des antilopes d'Amérique.

Les écoles des alentours ont été fermées pour la semaine et le tribunal du comté a annoncé sa fermeture «pour des raisons de sécurité».

Il s'agit du dernier incident en date opposant des exploitants agricoles de l'ouest américain au gouvernement fédéral, que les premiers accusent de mauvaise gestion des terres.

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