Ivan Couronne
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Kevin McCarthy renonce à succéder à John Boehner

Kevin McCarthy renonce à succéder à John Boehner

Kevin McCarthy.Photo Alex Wong / AFP

Ivan Couronne

Dernière mise à jour: 08-10-2015 | 14h10

WASHINGTON - Les ultra-conservateurs du parti républicain ont poussé jeudi le favori pour la présidence de la Chambre des représentants des États-Unis, Kevin McCarthy, à se retirer de la course, aggravant la crise interne sur la direction du parti américain majoritaire.

«Ces dernières semaines, il est devenu évident que notre groupe est profondément divisé et a besoin de se rassembler derrière un leader», a déclaré Kevin McCarthy dans un communiqué. «J'ai toujours mis les intérêts du groupe avant les miens. Par conséquent, je retire ma candidature».

«On a probablement besoin de nouvelles têtes», a-t-il ensuite dit devant les caméras, poursuivi par une nuée de journalistes, et alors que les élus racontaient dans les couloirs, abasourdis, ce coup de théâtre.

Actuel numéro deux des républicains de la Chambre, Kevin McCarthy était considéré comme le favori pour succéder à John Boehner, qui a annoncé qu'il partirait à la retraite à la fin du mois.

Les deux hommes n'ont pu que parvenir au même constat: ils sont incapables de rassembler à la fois l'aile conservatrice du parti, plusieurs dizaines d'élus issus du Tea Party de 2010, et le reste du groupe majoritaire, des élus plus traditionnels qualifiés péjorativement par les premiers de représentants de l'establishment.

Les 247 représentants républicains venaient de s'enfermer dans une salle pour élire leur chef de file, à huis-clos, quand Kevin McCarthy leur a annoncé d'emblée qu'il jetait l'éponge. S'il aurait facilement pu obtenir la majorité lors de ce vote interne, le groupe des ultra-conservateurs aurait pu l'empêcher d'atteindre la majorité absolue lors de l'élection du «speaker» par l'ensemble des élus de la Chambre, démocrates et républicains. Ce vote était prévu le 29 octobre.

Kevin McCarthy «a pris le micro et dit qu'il ne serait pas candidat», a raconté aux journalistes l'élu républicain Ryan Costello. «Il avait déjà terminé que la moitié d'entre nous n'avaient pas encore compris ce qui se passait».

«Il a donné la priorité au parti», a sobrement constaté Raul Labrador, l'un des ultra-conservateurs opposés à lui.

John Fleming, un autre frondeur, a suggéré que jusqu'à cinq ou six républicains pourraient maintenant se présenter.

Mais l'un des républicains les plus respectés du Congrès, Paul Ryan, candidat à la vice-présidence en 2012, a immédiatement annoncé qu'il ne se présenterait pas.

Le président de la Chambre est le troisième personnage des États-Unis après le président et le vice-président. John Boehner sera forcé de rester à son poste tant qu'un successeur n'est pas élu.

Échéance de la dette

Le spectacle des divisions internes à la Chambre des représentants s'étale depuis bientôt cinq ans que les républicains ont repris la majorité aux démocrates. Les Américains ont encore en tête la fermeture partielle des administrations en 2013, causée par l'intransigeance budgétaire du Tea Party, ou le quasi-défaut de paiement de l'été 2011.

«Il existe une minorité de politiciens républicains conservateurs qui placent leur idéologie extrémiste au-dessus de toute le reste», a déploré Josh Earnest, porte-parole de Barack Obama, en appelant les républicains à la responsabilité.

Le paradoxe est que le Tea Party, bien que coresponsable des grandes victoires républicaines aux législatives de 2010 et 2014, se sent marginalisé au sein du groupe majoritaire, méprisé par un establishment trop acoquiné avec le pouvoir et les lobbys. 

Ils accusent leurs chefs de file de plier trop facilement face à Barack Obama, et de trahir les électeurs qui les ont envoyés à Washington pour mettre fin, selon eux, au «trop d'État» de l'administration démocrate dans tous les domaines, du budget à la santé et à l'environnement.

La réalité du partage du pouvoir fait qu'à elle seule, la Chambre ne peut rien contre un président qui conserve un droit de veto.

Le conflit microcosmique fait écho aux tensions plus générales au sein du parti républicain aux États-Unis. 

Dans la campagne des primaires présidentielles, les candidats classés, à tort ou à raison, comme issus de l'establishment ont été relégués par les sympathisants derrière des novices qui promettent de dynamiter la classe politique: le milliardaire Donald Trump et l'ancien médecin Ben Carson.

La crise n'est pas que politique.

La Chambre et le Congrès ont jusqu'au 5 novembre pour relever le plafond de la dette fédérale, une échéance toujours très délicate pour les conservateurs. Sans direction, les marchés pourraient s'inquiéter de voir les États-Unis frôler à nouveau le défaut de paiement.

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