Cédric Simon
AFP

L'«exode» des migrants submerge l'île de Lesbos

L'«exode» des migrants submerge l'île de Lesbos

Des migrants et des réfugiés embarquent dans une train en Macédoine. Photo Robert Atanasovksi / AFP

Cédric Simon

Dernière mise à jour: 08-09-2015 | 11h04

MYTILÈNE - L'«exode» des migrants cherchant à tout prix à rentrer dans l'Union européenne submergeait mardi la petite île grecque de Lesbos, où se pressaient 20 000 candidats à l'exil, et des dizaines de milliers d'autres poursuivaient leur marche obstinée vers l'Europe du nord à travers les Balkans.

L'Allemagne reste la destination rêvée de la plupart d'entre eux, un choix qui devrait encore être conforté par les déclarations du vice-chancelier et ministre de l'Economie Sigmar Gabriel, selon qui son pays est en mesure d'accueillir un demi-million de réfugiés par an à moyen terme.

Le président du Conseil européen Donald Tusk a prédit que cet «exode», comme il l'a lui-même appelé, risquait de durer «des années».

Mercredi, la Commission européenne devrait formellement présenter sa proposition de répartir 120 000 migrants en Europe. Un «premier pas», selon la chancelière allemande Angela Merkel, qui s'est prononcée pour un système de «quotas» le plus large possible. Elle a réclamé, malgré les divisions européennes, une «politique d'asile différente» pour intégrer cette vague d'arrivants.

Quelque 30 000 migrants se trouvent sur les seules îles grecques, selon le Haut commissariat pour les réfugiés de l'ONU (HCR). Considérée comme une porte d'entrée de cette Terre promise européenne, l'île de Lesbos en accueillait 20 000 à elle seule, soit le quart de sa population normale.  

Lesbos se trouve «au bord de l'explosion», a mis en garde le ministre grec de la Politique migratoire, Iannis Mouzalas.

Lundi soir, les policiers ont dû s'y munir de boucliers en plastique et de matraques pour procéder à l'embarquement d'un traversier spécialement affrété pour transporter vers la Grèce continentale les migrants arrivés de Turquie.

Coups distribués, enfants en pleurs, foules exténuées: le traversier a dû rapidement fermer ses portes pour éviter une émeute.

Macédoine, Serbie, Hongrie...

Mardi, quatre ferries étaient prévus pour évacuer les migrants de Lesbos vers le continent.

«C'était horrible ces trois derniers jours.. Il n'y avait pas de chambres, pas d'hôtels, pas de toilettes, pas de lits, rien», a raconté à l'AFP Hussam Hamzat, un ingénieur de 27 ans originaire de Damas, soulagé d'avoir finalement obtenu les papiers l'autorisant à partir.

«Je suis ici depuis, huit, neuf jours.. Oh mon Dieu, je m'en souviens même plus», se lamentait Aleddin, un étudiant qui espérait rejoindre son frère en Allemagne.

À la frontière nord de la Grèce, qui permet à des milliers de migrants de passer chaque jour vers la Macédoine, la police a choisi d'identifier une personne par groupe parlant anglais, chargée de rassembler les papiers de tous ses camarades. Elle se voit affecter un numéro et quand ce numéro est appelé, c'est tout le groupe qui passe la frontière.

Dans un flux continu, d'une ampleur jamais vue en Europe depuis 1945, ils prennent ensuite le chemin de la Serbie, de la Hongrie et de l'Autriche avant de rejoindre l'Allemagne, où la population les accueille depuis plusieurs jours à bras ouverts.

Suivant l'exemple, les signes de solidarité se multiplient dans toute l'Europe. 

Les clubs de soccer engagés dans l'Europa League vont ainsi donner un euro par billet vendu de leur première rencontre européenne. Les municipalités d'Espagne dirigées par le mouvement des «indignés», notamment Barcelone, ont lancé un mouvement citoyen pour créer un réseau de «villes-refuges européennes».

À Vienne, des couchages ont été installés dans deux gares de la capitale autrichienne, où 1 600 migrants ont passé la nuit de lundi à mardi.

Pour l'instant, l'Autriche a renoncé à contrôler les trains à la frontière avec la Hongrie et des trains spéciaux relient désormais Vienne à Münich.

L'Allemagne, qui s'attend à 800 000 demandes d'asile juste cette année, a vu arriver environ 6 000 personnes entre lundi et mardi matin, en plus des 20 000 du week-end. 

 

«Une chance»

Le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble a estimé devant le Bundestag que l'afflux de migrants était «un test existentiel pour l'Allemagne et pour l'Europe, le plus gros défi depuis longtemps», mais aussi «une chance».

«Je pense que nous pouvons certainement gérer un chiffre de l'ordre du demi-million (de réfugiés par an) pendant plusieurs années (...) peut-être même plus», a dit de son côté le social-démocate Sigmar Gabriel.

Au Royaume-Uni, un débat d'urgence devait se tenir mardi à la chambre des Communes, à la demande de l'opposition travailliste qui estime que le pays pourrait faire mieux que l'accueil de 20 000 Syriens en cinq ans proposé par le gouvernement.

Après avoir paru en retrait, la France a accepté de son côté d'accepter 24 000 réfugiés dans les deux prochaines années. Federica Mogherini, qui dirige la diplomatie européenne, a appelé tous les membres de l'UE à agir «avec le même courage».

Face à l'ampleur du phénomène, Peter Sutherland, représentant spécial de l'ONU sur les migrations, a insisté sur la nécessité d'une «réponse globale» de la communauté internationale, dont l'Europe ne serait qu'un élément.

Prenant les devants, le Venezuela, le Brésil et le Québec - qui n'a pas attendu l'avis du gouvernement fédéral canadien - se sont déjà déclarés prêts à participer à tel élan général.

Aussi sur Canoe.ca



Cliquez sur "J'aime" pour ajouter nos articles à votre fil Facebook


Vidéos

Photos