La place comme la via della Conciliazione, la grande avenue menant du Tibre au Vatican était noire de monde. Des paraboles de télévision et des écrans géant étaient là, comme pour les funérailles de Jean Paul II en 2005 ou sa béatification en 2011.
Cette audience de mercredi respectait le même déroulé que les autres depuis huit ans, même si Joseph Ratzinger a fait un tour un plus long en papa-mobile. Elle ne prévoyait pas à la fin de «baciamano», ce défilé de personnes qui ont le privilège de baiser l'anneau du pape.
Le pape allemand, qui aura régné huit ans, a pris la décision historique de démissionner. Il est le premier pontife à le décider librement en sept siècles.
Même s'il y avait une majorité des Romains, on entendait dans la foule parler beaucoup de langues. Des familles, des couples, des religieux, des prêtres, des séminaristes et des bonnes sœurs, étaient là et scandaient «Benedetto, Benedetto».
Le pape avait annoncé le 11 février qu'il n'avait plus les forces d'assumer sa fonctions face aux défis d'un monde en pleine mutation. Son départ a créé la stupeur, y compris au sein de l'Église qui n'avait jamais assisté depuis le Moyen-Âge à une démission volontaire d'une pontife.
Jeudi, Joseph Ratzinger quittera le Vatican, sans cérémonie, pour se retirer sous le titre de «Sa Sainteté Benoît XVI, pape émérite» dans sa résidence d'été de Castel Gandolfo. Puis il s'installera dans un monastère, caché aux yeux du monde, sur la colline du Vatican.
Avec une simplicité correspondant à son tempérament, le pape mettra fin à ses fonctions jeudi à 19H00 GMT. Rien ne marquera cet instant.
Un conclave doit se réunir en mars, à une date encore inconnue.
Le Vatican espère que le successeur sera élu rapidement et pourra célébrer Pâques à la fin mars, alors que l'Église, confrontée à de nombreux scandales, a besoin d'un nouveau chef pour diriger la barque de 1,2 milliard de catholiques.
Un discours de soutien à l'Église
Le pape Benoît XVI, dans son dernier message aux catholiques du monde entier, a assuré mercredi que «Dieu ne laisse pas couler sa barque», même dans «les eaux agitées», et assuré qu'après sa démission, il continuerait à soutenir l'Église par la prière.
«Je suis vraiment ému et je vois l'Église vivante», a-t-il lancé en réponse aux acclamations chaleureuses de la foule avant d'entamer sa catéchèse.
Le pape a voulu laisser un message de confiance avant son départ jeudi: «dans ces derniers mois, j'ai senti que mes forces diminuaient et j'ai demandé à Dieu, avec insistance, dans la prière de m'éclairer de sa lumière, de me faire prendre la décision la plus juste (...) J'ai franchi ce pas dans la pleine conscience de sa gravité et aussi de sa nouveauté, mais aussi dans une grande sérénité d'âme», a-t-il assuré.
Dans les huit ans de pontificat, a-t-il reconnu, en faisant allusion aux scandales et controverses, «il y a eu aussi des moments pas faciles, dans lesquels les eaux étaient agitées et le vent contraire, comme dans toute l'histoire de l'Église, et le Seigneur semblait dormir». «Mais j'ai toujours su que la barque de l'Église n'est pas mienne, n'est pas nôtre mais qu'elle est Sa barque et qu'Il ne la laisse pas couler», a-t-il souligné.
Rappelant qu'en devenant pape le 19 avril 2005, «un grand poids avait été posé sur ses épaules» et que «la dimension privée de sa vie avait été complètement supprimée», Benoît XVI a redit qu'il se retirait désormais de toute activité publique, même si un pape «ne peut pas revenir à la vie privée».
«Ma décision de renoncer à l'exercice actif du ministère, ne change pas cela: je ne reviens pas à la vie privée, à une vie de voyages, de rencontres, de réceptions, de conférences, etc... Je n'abandonne pas la croix, mais je reste d'une façon nouvelle près du Seigneur crucifié. Je n'assume plus le pouvoir de la charge du gouvernement de l'Église, mais je demeure dans le service de la prière. Saint Benoît (fondateur du grand ordre contemplatif des bénédictins) dont je porte le nom comme pape, me sera un grand exemple».
«Je continuerai d'accompagner le chemin de l'Église dans la prière et la réflexion», a dit le pape.