L'UE se mobilise face à un scandale qui s'amplifie

Viande de cheval - L'UE se mobilise face à un scandale qui s'amplifie

Le président Français, François Hollande Photo Bertrand Langlois / AFP

BRUXELLES - Une réunion de crise rassemblant plusieurs ministres européens se tenait mercredi soir à Bruxelles pour tenter de faire avancer l'UE, notamment sur l'étiquetage et les tests, face au scandale des produits congelés à la viande de cheval qui prend de l'ampleur.

Cette réunion, qui a débuté vers 17h, intervenait au lendemain de la perquisition outre-Manche de deux entreprises soupçonnées d'avoir fourni du cheval à la place de boeuf, et à la première découverte de produits frauduleux en France, deuxième pays européen touché après la Grande-Bretagne.

L'affaire a aussi atteint l'Allemagne, où il y a un soupçon de viande frauduleusement étiquetée dans des lasagnes dans l'État le plus peuplé du pays, la Rhénanie du Nord-Westphalie. Un cas a aussi été annoncé en Suisse.

La réunion de mercredi soir réunissait huit pays sur les 27 membres de l'UE, dont la France, la Grande-Bretagne, le Luxembourg, la Suède, la Roumanie et la Pologne.

À son arrivée, le ministre britannique de l'Alimentation, Owen Paterson, a demandé que l'UE agisse «rapidement». «Plus vite, nous résolvons ceci, plus rapidement nous pourrons établir la confiance dans notre système alimentaire et les produits», a-t-il dit.

Il s'est dit favorable à ce que des tests ADN soient effectués sur les plats préparés à base de viande, au cours de leur production et sur les produits finis, «dès que possible dans tous les États membres».

Le ministre irlandais de l'Agriculture, Simon Coveney, et le ministre délégué à la Consommation français, Benoît Hamon, ont souhaité que l'origine de la viande soit mentionnée dans les plats préparés.

Le sujet sera aussi débattu vendredi au sein d'un comité d'experts européens, et surtout lors du prochain Conseil européen de l'Agriculture le 25 février à Bruxelles.

L'affaire a éclaté avec la découverte la semaine dernière en Grande-Bretagne de lasagnes de la marque Findus contenant de la viande de cheval estampillée «boeuf». Elles avaient été fabriquées par un sous-traitant français, Comigel.

Pressée d'agir pour rendre obligatoire l'origine de la viande bovine sur les plats cuisinés, notamment par les professionnels de la filière bétail, la Commission a assoupli sa position mercredi. «Certains pays sont pour, d'autres pensent que c'est compliqué. Nous allons voir si ça peut se faire, si ça peut être imposé, si ce sera compliqué. Je ne ferme pas la porte», a déclaré le commissaire chargé de la Santé et des consommateurs, Tonio Borg.

Depuis l'affaire de la vache folle, la viande bovine fraîche doit mentionner l'origine. Mais ce n'est pas le cas pour les produits transformés à base de viande, qui ont seulement l'obligation d'indiquer le type de viande utilisée.

La France a déjà annoncé le renforcement des contrôles sur la filière viande et pêche et la Suède sur les plats préparés à base de viande. Des produits - notamment ceux de Comigel - ont été retiré par précaution des rayons français, néerlandais, suédois et suisses.

M. Borg a réaffirmé que le scandale actuel était lié à une «fraude». «Il est évident que quelque part dans la chaîne, quelqu'un à frauduleusement ou par négligence étiqueté le produit de façon mensongère», a-t-il dit.

En France, de la viande de cheval a été détectée dans deux lots de lasagnes surgelées de la marque Picard, qui avaient été retirés préventivement. Il s'agit des premiers produits vendus dans l'Hexagone où la présence de viande chevaline est avérée.

Une enquête préliminaire pour tromperie a été ouverte par le parquet de Paris et une enquête administrative a été confiée à la Répression des fraudes (DGCCRF). Les conclusions devraient être rendues publiques jeudi, a indiqué le ministre français de l'Agriculture, Stéphane Le Foll.

Le président François Hollande a souligné qu'il s'agissait d'une «affaire grave par rapport à la confiance inspirée aux consommateurs et potentiellement grave aussi par rapport aux conséquences pour la filière française».

A Londres, l'agence de sécurité sanitaire (FSA) a annoncé mardi avoir mené avec la police britannique des perquisitions dans un abattoir anglais et une usine au Pays de Galles, censés fournir du boeuf destiné aux kebabs et aux hamburgers et soupçonnés d'avoir fourni de la viande de cheval.

La viande en cause, d'origine roumaine selon les autorités françaises, aurait transité par un trader chypriote, puis néerlandais, avant d'arriver chez un fournisseur français, Spanghero, et d'être redirigée vers le préparateur, Comigel.

Les enquêtes menées dans les différents pays n'ont pas permis pour l'instant de déterminer où la viande de cheval a été frauduleusement étiquetée comme étant du boeuf, et si elle présentait un risque pour la consommation.

Bucarest a assuré qu'«aucune irrégularité n'a été commise» depuis la Roumanie.


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