Le pape Benoît XVI annonce sa démission

Dernière mise à jour: 11-02-2013 | 12h00

CITE DU VATICAN - Le pape Benoît XVI a créé lundi la surprise en annonçant sa démission fin février, une première dans l'histoire de l'Église moderne, au motif qu'il n'a «plus les forces» pour la diriger en raison de son «âge avancé», 85 ans.

Un nouveau pape sera désigné «pour Pâques» le 31 mars, a précisé le porte-parole du pape, lors d'une conférence de presse convoquée à la hâte au Vatican.

Benoît XVI ne participera pas au conclave pour l'élection de son successeur et se retirera provisoirement dans la résidence d'été des papes à Castel Gandolfo puis dans un monastère dans l'enceinte du Vatican, selon le père Federico Lombardi.

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La démission inédite de Benoît XVI a été fixée «au 28 février, à 20H00», après quoi débutera la période dite de «sede vacante», siège vacant. Un conclave sera organisé dans les 15-20 jours suivant la démission, a indiqué le porte-parole.

Les bookmakers ont déjà commencé à miser sur le nom du successeur de Benoît XVI accordant leurs suffrages à un Africain, par exemple le cardinal ghanéen Peter Turkson, un Italien, le cardinal Angelo Scola, ou un Canadien, le cardinal Marc Ouellet.

La démission de Benoît XVI est une décision complètement inédite dans l'histoire de l'Église moderne. En 1294, Célestin V avait abdiqué peu après avoir été sacré en 1294. Il avait vécu en ermite jusqu'à sa désignation comme pape, et ne se sentait pas prêt à assumer ce rôle dans l'Église. D'autres papes ont quitté leur charge de leur vivant mais dans d'autres circonstances et ils n'avaient pas décidé, seuls, de démissionner, ne se jugeant plus capables d'exercer leur ministère.

Dans son annonce en latin traduite par le Vatican, Benoît XVI a dit être «parvenu à la certitude que (ses) forces, en raison de l'avancement de son âge («ingravescentem aetatem» en latin), ne lui permettent plus d'exercer de façon adéquate le ministère» de pape et évêque de Rome.

Même le porte-parole de Benoît XVI a dit que le «pape nous a pris un peu par surprise».

Le pape a fait son annonce à sensation dans une salle du Palais Apostolique lors d'un consistoire au Vatican pour la canonisation de martyrs d'Otrante.

Selon le père Lombardi, «personne ne lui a suggéré ni ne l'a poussé à cela» et «il n'y aucune maladie en cours qui aurait influé sur cette décision». «Le pape a senti ses forces diminuer ces derniers mois et l'a reconnu avec lucidité», a-t-il ajouté.

Le pape a lu son message inattendu «de façon très concentrée, avec sa précision et clarté habituelles», sans exprimer extérieurement son émotion, a ajouté le porte-parole.

Le pape a expliqué dans son message que dans un monde «sujet à de rapides changements et agité par des questions de grande importance pour la vie de la foi, pour gouverner la barque de saint Pierre et annoncer l'Évangile, la vigueur du corps et de l'esprit est aussi nécessaire».

Joseph Ratzinger a reconnu que sa vigueur s'était «amoindrie». «D'une telle manière que je dois reconnaître mon incapacité à bien administrer le ministère qui m'a été confié», a-t-il ajouté.

Durant son pontificat de huit ans, Benoît XVI a été confronté à un grave scandale d'abus pédophiles dans le clergé, la crise la plus profonde de l'Église contemporaine, et il y a répondu avec fermeté.

L'an dernier, il avait aussi du faire face à l'intérieur du Vatican à un scandale de fuites de documents confidentiels, qui a conduit à la condamnation de son propre majordome, Paolo Gabriele : un symptôme des mécontentements et des divisions dans la Curie, et une trahison personnelle qui avait beaucoup affecté Joseph Ratzinger.

Dans un livre interview intitulé Lumières du monde sorti en 2010, le pape avait évoqué la possibilité d'une démission au cas où il ne se serait plus senti en état de continuer.

Répondant au journaliste allemand Peter Seewald, Benoît XVI avait affirmé qu'un pape «a le droit et, selon les circonstances, le devoir de se retirer» s'il sent ses forces «physiques, psychologiques et spirituelles» lui échapper.

Selon lui, le pape a «saisi l'occasion qu'un grand nombre de cardinaux étaient réunis à Rome» pour le consistoire. «La plupart n'en avaient pas été informés à l'avance», a assuré le père Lombardi.

Selon le porte-parole, cette décision, différente de celle de Jean Paul II qui avait choisi de donner jusqu'au bout son témoignage de souffrance et de prière lors d'une longue agonie en 2005, «ne liera en aucune façon ses successeurs». Elle a été prise «sereinement» et non sous l'effet de quelque «dépression» que ce soit.

Quand Benoît XVI aura démissionné, «il n'interviendra pas» sur le pontificat de son successeur. «Cela est complètement étranger à sa personnalité», a dit le père jésuite, qui a salué «un grand courage, une grande liberté d'esprit et une grande conscience de ses responsabilités».

Le doyen des cardinaux, Mgr Angelo Sodano, a parlé de «coup de tonnerre dans un ciel serein».

Le chef du gouvernement italien démissionnaire, Mario Monti, s'est également dit «très secoué par cette annonce inattendue».

Le président français François Hollande a qualifié la décision du pape d'«éminemment respectable».

L'Allemagne, pays d'origine du cardinal Joseph Ratzinger, a exprimé son «respect» et sa «gratitude» envers le pape «pour avoir mené l'Église comme il l'a fait pendant huit ans».

Né le 16 avril 1927 dans une famille modeste de la très catholique Bavière à Marktl-am-Inn, Joseph Ratzinger, avait succédé au très charismatique Jean-Paul II le 19 avril 2005 à l'âge de 78 ans après avoir régné près d'un quart de siècle sur la Congrégation pour la doctrine de la Foi.

Sa démission a créé aussi la stupéfaction chez les touristes et les pèlerins sur la place Saint-Pierre. Dorina, 22 ans, une Suissesse en vacances en Italie, a dit à l'AFP «espérer que le prochain pape soit noir : ça ferait évoluer les mentalités».



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