Medvedev reproche à al-Assad une «erreur peut-être fatale»

Syrie

Dmitri Medvedev. Photo AFP

DAMAS - Le Premier ministre russe Dmitri Medvedev, dans une rare attaque dimanche contre son allié syrien, a accusé le président Bachar al-Assad d'avoir commis une «erreur peut-être fatale» en retardant les réformes politiques dans le pays meurtri par près de deux ans de guerre.

Dans le même temps, le régime syrien a courtisé des opposants qu'il veut impliquer dans le dialogue national auquel a appelé M. Assad, en suspendant toute poursuite judiciaire contre eux. Mais presque tous les membres de l'opposition sont hostiles à un dialogue parrainé par le pouvoir.

Alors que les combats continuent de faire rage dans le pays entre rebelles et soldats, la responsable des opérations humanitaires de l'ONU, Valerie Amos, a eu des entretiens à Damas au sujet de la distribution de l'aide humanitaire à environ quatre millions de Syriens qui en ont grandement besoin.

M. Assad «aurait dû agir beaucoup plus vite et inviter l'opposition pacifique qui était prête à s'asseoir à la table des négociations avec lui. C'est une grave erreur de sa part, peut-être fatale», a déclaré M. Medvedev, cité par les agences russes.

«Il me semble que ses chances de maintien (au pouvoir) s'amenuisent de jour en jour», a-t-il dit dans une interview à la chaîne CNN réalisée en marge du Forum de Davos, dont l'intégralité a été publiée sur le site du gouvernement russe.

M. Medvedev a souligné avoir essayé de convaincre en personne le président de dialoguer avec l'opposition, en vain. Mais il a réaffirmé la position de Moscou selon laquelle seul le peuple syrien peut décider du sort de M. Assad, dont les Occidentaux, la Turquie et plusieurs pays arabes réclament le départ.

Quelques jours après que le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov eut jugé que l'éviction de M. Assad était «impossible à mettre en oeuvre», M. Medvedev a répété que Moscou n'oeuvrait pas au maintien au pouvoir de l'actuel président syrien.

La Russie, un des derniers soutiens du régime syrien auquel elle livre des armes, s'oppose à toute ingérence dans le conflit qui a fait selon l'ONU plus de 60 000 morts depuis le début de la révolte populaire il y a près de deux ans. Cette révolte s'est transformée en conflit armé face à la répression.

Le 6 janvier, M. Assad a proposé un plan de sortie de crise prévoyant la fin des opérations militaires, suivie d'un dialogue national sous l'égide de son gouvernement actuel. L'opposition à l'extérieur et celle tolérée à Damas l'avaient rejeté, en accusant le président de vouloir choisir ses interlocuteurs.

Dimanche, le Conseil supérieur de la justice syrien a annoncé que «toutes les poursuites judiciaires cesseront contre les forces et personnalités politiques de l'opposition qui participeront au dialogue national», pour lequel aucune date n'a été annoncée, et qui seront «désignées» par le pouvoir.

La veille, le ministre de l'Intérieur Mohammad al-Chaar avait dit que toutes les facilités seraient accordées aux opposants installés à l'étranger qui souhaitent rentrer en Syrie pour le «dialogue national». Il a cependant souligné qu'il ne s'agissait pas d'une amnistie générale.

Sur le terrain, les combats entre soldats et rebelles sur plusieurs fronts dont celui de Damas et les bombardements de l'artillerie lourde et de l'aviation du régime ne connaissaient aucun répit, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Depuis des mois, des combats secouent les localités à la périphérie de la capitale où les insurgés ont établi leurs bases-arrière.

Les violences ont entraîné la fermeture d'une autoroute stratégique qui relie Damas à Deraa (sud), a indiqué l'ONG qui s'appuie sur un réseau de militants et médecins en Syrie. Selon un bilan provisoire, 29 personnes ont péri dimanche à travers le pays- 21 civils et 8 rebelles.


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