Égypte: manifestations sanglantes


Haitham El-Tabei et Inès Bel Aïba

Dernière mise à jour: 25-01-2013 | 18h25

LE CAIRE - Cinq personnes ont été tuées vendredi dans des affrontements entre manifestants hostiles au pouvoir islamiste et forces de l'ordre en Égypte, alors que le pays marquait le deuxième anniversaire du début du soulèvement -le «Jour de la Révolution»- qui a renversé Hosni Moubarak.

Les cinq personnes ont été atteintes par balle à la poitrine et au ventre à Suez, ont indiqué à l'AFP des médecins de l'hôpital de la ville.

Plus de 370 autres ont été blessées dans des heurts dans neuf gouvernorats d'Égypte, selon le ministère de la Santé. Il n'est pas précisé si ces bilans incluent des policiers.

Les forces de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogène dans plusieurs villes, dont Le Caire et Alexandrie.

Ce regain de tension dans la crise opposant entre le président islamiste Mohamed Morsi, qui se prévaut d'avoir été démocratiquement élu en juin, et l'opposition qui l'accuse de dérive autoritaire, est aggravé par les lourdes difficultés économiques que traverse le pays.

Des accrochages sporadiques entre groupes de jeunes et forces de l'ordre ont eu lieu toute la journée aux abords de la place Tahrir, dans le centre du Caire, où des milliers de personnes réclamaient une «vraie démocratie».

Une énorme pancarte était déployée sur la place avec l'inscription «Le peuple veut faire tomber le régime», tandis que la foule scandait «dégage, dégage!» à l'encontre de M. Morsi, comme pour M. Moubarak il y a deux ans.

«Je suis venue parce qu'on n'a pas fait la révolution pour qu'un groupe corrompu en remplace un autre», lançait une manifestante, Maha Kamal, 40 ans, voile turquoise et drapeau égyptien a la main.

Des manifestants ont également jeté des pierres sur un immeuble abritant les locaux du site internet des Frères musulmans, la formation dont est issu M. Morsi. D'autres se sont rendus près du palais présidentiel, où la police a tenté de les disperser avec des gaz lacrymogènes.

Des Égyptiens ont aussi investi plusieurs stations de métro au Caire, paralysant le trafic.

Dans le centre-ville d'Alexandrie, «il y a beaucoup de fumée à cause des pneus brûlés. Et il y a des gens étendus par terre qui n'arrivent pas à respirer à cause du gaz lacrymogène», a dit à l'AFP Racha, une Alexandrine.

«Les Égyptiens en ont marre»

À Ismaïliya, des manifestants ont mis le feu au siège local du Parti de la liberté et de la justice (PLJ), la formation politique des Frères musulmans, et envahi le siège du gouvernorat.

Des bâtiments publics ont également été pris à partie à Damiette et Kafr el-Cheikh.

«Ca va être une grosse journée (...) parce que les Egyptiens en ont marre», a prédit un manifestant au Caire, Mohammed Abdallah. «L'Égypte a besoin d'une nouvelle révolution pour les jeunes et pour une vraie démocratie», affirmait un autre, Chawki Ahmed, 65 ans.

L'opposition, composée de mouvements en majorité de gauche et libéraux et qui affiche une unité encore précaire, avait appelé à défiler en reprenant les mêmes mots d'ordre qu'il y a deux ans: «Pain, liberté, justice sociale».

Le climat s'est fortement envenimé depuis fin novembre, date à laquelle M. Morsi s'est doté temporairement de pouvoirs exceptionnels puis a poussé les feux pour faire passer une Constitution rédigée par une commission à dominante islamiste.

Le texte, adopté par référendum en décembre, continue d'être vivement critiqué par l'opposition qui estime qu'il ouvre la voie à une islamisation accrue du pays et porte atteinte à certaines libertés.

Jeudi soir, M. Morsi avait appelé ses compatriotes à célébrer «de manière pacifique et civilisée» cette journée décrétée «Jour de la Révolution», en référence au soulèvement qui avait débuté le 25 janvier 2011.

Les Frères musulmans n'avaient pas officiellement appelé à manifester vendredi, préférant commémorer cet événement avec des initiatives sociales et caritatives.

Le contexte est alourdi par l'annonce attendue samedi du verdict dans le procès des responsables présumés de la mort de 74 personnes à l'issue d'un match de football à Port-Saïd en février 2012.

Les «Ultras» du club cairote d'al-Ahly, qui assurent compter la grande majorité des victimes, menacent de manifestations violentes et d'une «nouvelle révolution» s'ils n'obtiennent pas justice.

Malade et condamné à la prison à perpétuité, M. Moubarak, 84 ans, attend un nouveau procès.


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