Carnage à Alep

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Un carnage a frappé mardi l'université d'Alep avec la mort de plus de 80 personnes, en majorité des étudiants. Photo: AFP

DAMAS - Un carnage a frappé mardi l'université d'Alep avec la mort de plus de 80 personnes, en majorité des étudiants, dans une double explosion, dernier épisode en date de la guerre dévastatrice en Syrie.

Il s'agit de l'une des attaques les plus meurtrières depuis le début il y a 22 mois jour pour jour du conflit dans ce pays, déclenché par la répression d'un mouvement de contestation populaire contre le régime de Bachar al-Assad.

Il n'était pas possible de déterminer avec certitude les responsables de la double explosion, rébellion et pouvoir s'en rejetant la responsabilité.

«Le bilan de l'attentat terroriste qui a visé nos étudiants s'élève pour le moment à 82 martyrs et plus de 160 blessés», a dit le gouverneur Mohammad Wahid Akkad. Par «terroriste», les autorités font allusion aux insurgés.

Ce bilan a été confirmé par un médecin à l'hôpital universitaire d'Alep.

Rami Abdel Rahmane, directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), a quant à lui fait état «d'au moins 52 morts» tout en soulignant que le bilan devait s'alourdir. «Les martyrs sont des étudiants et des déplacés».

Selon des militants anti-régime, l'attaque est due à un raid aérien mené par les troupes du régime, mais une source militaire syrienne a assuré qu'elle avait été provoquée par deux missiles sol-air tirés par les rebelles et qui ont raté leur cible et sont tombés sur le campus.

L'agence officielle Sana a fait état de «deux roquettes tirées par des terroristes» contre l'université située dans l'ouest d'Alep, la deuxième ville du pays divisée entre quartiers rebelles et autres aux mains de l'armée.

«C'était le premier jour des examens trimestriels et des étudiants ainsi que des réfugiés font partie des victimes», a précisé Sana. Les examens ont été annulés.

L'explosion a endommagé la faculté des Beaux-Arts et celle de l'architecture.

Malgré les combats, l'université d'Alep a ouvert ses portes à la mi-octobre. Elle est située dans un secteur contrôlé par l'armée et de nombreux déplacés ayant fui les combats y sont installés.

Des vidéos postées par des étudiants montrent la panique dans un bâtiment universitaire. Certains pleurent, tandis que des vitres brisées et des parties du plafond effondrées jonchent le sol. Des étudiants s'approchent de la porte d'entrée, mais quelqu'un leur crie de rester à l'intérieur.

Plusieurs attentats ont ensanglanté ces derniers mois la Syrie où la guerre entre les troupes du régime d'une part et les rebelles aidés des civils armés et de jihadistes de l'autre, ne connaît aucun répit.

Alors que la rébellion armée et l'opposition politique réclament le départ de M. Assad en vue d'une transition politique, ce dernier n'est pas prêt de partir et pourrait même briguer un nouveau mandat à la présidentielle de 2014 en s'appuyant principalement sur une armée qui lui est restée fidèle.

«Pourquoi l'exclure? La différence c'est que maintenant le président et les autres candidats devront aller vers le peuple (...) Ce seront les urnes qui décideront de l'avenir de la Syrie», a dit le vice-ministre syrien des Affaires étrangères Jihad Moqdad à la BBC.

Depuis la prise de pouvoir par le Baas il y a un demi-siècle, les Syriens devaient approuver tous les sept ans le candidat unique présenté par ce parti. Avant Bachar, son père Hafez al-Assad a gouverné pendant 30 ans le pays.

Selon la Constitution, M. Assad peut se présenter deux fois à partir de 2014. Il pourrait ainsi gouverner jusqu'en 2028, soit au total 28 ans.

La Russie, principal allié de M. Assad, a jugé de son côté «impossible» de l'évincer du pouvoir actuellement.

Elle a aussi estimé «contre-productive» l'initiative de 57 pays menés par la Suisse de saisir la Cour pénale internationale pour enquêter sur des crimes en Syrie où plus de 60 000 personnes ont péri en 22 mois selon l'ONU.


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