Inde: inculpation des suspects du viol collectif

Agression - Inde: inculpation des suspects du viol collectif

De nombreuses manifestations ont eu lieu en Inde ces derniers jours pour dénoncer les agressions et viols commis en toute impunité.Photo AFP

Dernière mise à jour: 03-01-2013 | 08h23

NEW DELHI - Cinq auteurs présumés du viol collectif d'une étudiante à New Delhi, décédée des suites de cette agression qui a profondément choqué le pays, ont été formellement inculpés par la police, une première étape lançant le processus judiciaire.

Les suspects, âgés de 19 à 35 ans et qui encourent la peine de mort s'ils sont jugés coupables par la justice, n'étaient pas présents lorsque les médias ont été autorisés à entrer dans la salle d'audience pour écouter une partie de la lecture du procès verbal.

«Nous avons inculpé les cinq accusés», a déclaré un policier ayant pris part à l'enquête à la barre du tribunal de Saket, dans le sud de Delhi, chargé de l'affaire. Ils ont été inculpés de meurtre, enlèvement et viol.

La prochaine audience a été fixée à samedi.

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Selon la loi indienne, la police doit exposer officiellement les chefs d'inculpation devant la justice et détailler les preuves accumulées contre eux.

Violée à plusieurs reprises, agressée sexuellement avec une barre de fer rouillée à bord d'un autobus, la victime de 23 ans a ensuite été jetée hors du véhicule avec son ami alors qu'ils sortaient d'un cinéma le 16 décembre.

Elle est décédée samedi à Singapour, où elle avait été transférée, souffrant d'importantes lésions à l'intestin et au cerveau.

La nature particulièrement ignoble de cette attaque a fait exploser la colère jusque-là contenue en Inde contre les agressions et viols commis en toute impunité dans ce pays. L'affaire a aussi suscité des condamnations internationales.

Un sixième accusé, présenté comme ayant 17 ans, n'a pas comparu jeudi, dans l'attente du résultat des examens osseux ordonnés par les autorités pour déterminer avec précision son âge, a précisé à l'AFP un porte-parole de la police.

Le rapport d'accusation de la police, de 1 000 pages selon les médias, compile les preuves accumulées après avoir notamment recueilli le témoignage accablant du petit ami de la victime, qui a également été frappé à coup de barres de fer.

Selon la presse mercredi, qui citait le rapport de la police, les suspects ont tenter d'écraser avec l'autobus la victime après le viol. Son compagnon a réussi à la mettre à l'abri juste à temps.

Plusieurs centaines de manifestants, dont des avocats, se sont rassemblés jeudi devant le tribunal pour exiger que les femmes soient mieux protégées et que le système judiciaire soit amélioré.

«Pourquoi y a-t-il un taux si bas de condamnations pour viol en Inde ? Juges, réveillez-vous!», pouvait-on lire sur une banderole.

Seuls 26% des 24 206 affaires de viol enregistrées en 2011 ont abouti à une condamnation, selon les chiffres du Bureau national de la criminalité.

Les avocats rattachés au tribunal de Saket ont annoncé mercredi qu'ils refusaient de défendre les auteurs présumés, estimant qu'il serait «immoral» de leur prodiguer des conseils. Les avocats des suspects devront donc être commis d'office.

Celui que les médias et la police présentent comme le meneur de l'attaque, le conducteur de l'autobus habituellement chargé du ramassage scolaire où s'est produit le viol, est décrit par son voisinage comme un gros buveur amateur de bagarres.

Selon la police, lui et ses comparses avaient beaucoup bu avant de décider de prendre l'autobus pour une virée nocturne.

Le secrétaire à l'Education, Shashi Tharoor, a ouvert mercredi un débat en proposant qu'une nouvelle loi réprimant plus sévèrement les agressions sexuelles, porte le nom de l'étudiante en kinésithérapie.

Même si de nombreux éléments de sa vie personnelle et familiale ont été évoqués dans la presse, son nom n'a toujours pas été dévoilé.

Le frère de la victime a affirmé au quotidien The Indian Express publié jeudi que sa famille n'y était pas opposée.

«Mon père pense que s'ils veulent donner le nom de ma soeur à la justice, ils peuvent le faire, ce sera comme un hommage à sa mémoire», a-t-il estimé.

Il a toutefois demandé à ce que l'opinion respecte leur deuil.

«La colère publique est justifiée, mais l'histoire de ma soeur ne devrait pas être transformée en spectacle», a-t-il plaidé.


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