La Palestine devient État observateur à l'ONU


André Viollaz

Dernière mise à jour: 29-11-2012 | 18h55

NEW YORK - La Palestine est devenue jeudi un État observateur aux Nations unies, lors d'un vote historique à l'Assemblée générale de l'ONU, malgré l'opposition des États-Unis et d'Israël.

Le vote de cette résolution, qui fait de «l'entité» palestinienne un «État observateur non membre», a été acquis à une majorité confortable mais pas écrasante de 138 voix pour, 9 contre et 41 abstentions.

Cette nouvelle stature internationale, qui donne aux Palestiniens accès à des agences de l'ONU et des traités internationaux, constitue une victoire diplomatique majeure. Mais elle expose l'Autorité palestinienne à des représailles financières américaines et israéliennes.

Avant le vote, le président palestinien Mahmoud Abbas a affirmé que l'Assemblée allait signer l'«acte de naissance» d'un État de Palestine.

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Ottawa a voté contre

Il a estimé qu'il s'agissait de la «dernière chance de sauver la solution à deux États» (Israël et un État palestinien) et a promis de «tenter de ranimer les négociations» de paix avec Israël, au point mort depuis plus de deux ans, sans toutefois prendre d'engagements précis.

Il a fait plusieurs références à «l'agression israélienne» à Gaza, une semaine après la conclusion d'un cessez-le-feu entre le Hamas qui contrôle ce territoire et Israël.

Pour l'ambassadeur israélien à l'ONU Ron Prosor par contre, cette initiative «ne fait pas avancer la paix, elle la fait reculer». Il a affirmé qu'elle «ne changera pas la situation sur le terrain», notamment parce que l'Autorité palestinienne «ne contrôle pas Gaza», et qu'elle «ne donnera pas un statut d'État à l'Autorité palestinienne»

Il a rappelé la position d'Israël, ainsi que des États-Unis, selon laquelle des négociations directes «constituent la seule manière de parvenir à la paix par un accord mis au point par les parties concernées, et non par l'intermédiaire de l'ONU».

Acclamations à Ramallah

L'ambassadrice américaine Susan Rice a affirmé que le vote était «contre-productif» et créerait des «obstacles» à la paix.

À Ramallah (Cisjordanie), le vote à l'ONU a été salué par des tirs en l'air et des acclamations de la foule, selon des journalistes de l'AFP.

Ce vote a coïncidé avec l'anniversaire de l'adoption par l'ONU en 1947 du plan de partage de la Palestine mandataire, qui prévoyait un ÉEtat juif et un Etat arabe.

Devant le Comité sur les droits inaliénables du peuple palestinien qui commémorait cet anniversaire, le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a demandé solennellement jeudi aux dirigeants palestiniens et israéliens de «ranimer le processus de paix» en reprenant des «négociations directes».

La résolution appelle à une reprise des négociations israélo-palestiniennes pour qu'un État de Palestine puisse coexister «aux côtés d'Israël en paix et en sécurité, sur la base des frontières d'avant 1967».

Elle «exprime l'espoir que le Conseil de sécurité considèrera de manière favorable» la candidature de la Palestine comme membre à part entière, déposée en septembre 2011 par M. Abbas mais torpillée au Conseil par une menace de veto américain.

Menaces de sanctions

Pour Washington et Israël, seule la négociation directe peut mener à la création d'un État palestinien. De leur côté, l'Union européenne a rappelé jeudi qu'elle était »prête à reconnaître un État palestinien au moment opportun» mais que la priorité était de reprendre les négociations.

Ce qui inquiète le plus Israéliens et Américains, c'est la possibilité qu'auraient désormais les Palestiniens de rejoindre la Cour pénale internationale et d'y porter plainte contre Israël. Des responsables palestiniens ont évoqué cette hypothèse si Israël poursuit sa politique de colonisation en Cisjordanie.

Israël a brandi la menace de sanctions en cas de vote positif à l'ONU mais a annoncé qu'il n'annulerait aucun accord conclu avec les Palestiniens.

Israël a la possibilité de bloquer les taxes qu'il perçoit pour le compte de l'Autorité palestinienne ou de réduire le nombre de permis de travail pour les Palestiniens.

Le Congrès américain pourrait de son côté refuser de verser 200 millions de dollars d'aide promis aux Palestiniens. En compensation, la Ligue arabe a promis aux Palestiniens un «filet de sécurité» de 100 millions de dollars par mois.


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