Manifestations rivales en Égypte

Élargissement des pouvoirs de Morsi - Manifestations rivales en Égypte

Des opposants laïques ont manifesté sur la place Tahrir.Photo: Mohamed Abd El Ghany / Reuters

LE CAIRE - Le président Mohamed Morsi a promis vendredi devant ses partisans islamistes au Caire que l'Égypte était sur la voie de «la liberté et la démocratie», malgré les accusations de dérive dictatoriale lancées par des opposants laïques manifestant sur la place Tahrir.

«La stabilité politique, la stabilité sociale et la stabilité économique, c'est ce que je souhaite et ce pourquoi je travaille», a déclaré M. Morsi dans un long discours devant ses partisans rassemblés près du palais présidentiel, au lendemain de l'annonce d'un renforcement considérable de ses pouvoirs.

«J'ai toujours été, je le suis encore et je le serai toujours, si Dieu le veut, avec le peuple, ce que veut le peuple, avec une claire légitimité», a-t-il insisté.

«Personne ne peut arrêter notre marche en avant (...). Je remplis mes fonctions au service de Dieu et de la nation et je prends des décisions après avoir consulté tout le monde», avait-il auparavant déclaré dans des propos rapportés par l'agence officielle Mena.

Dans la journée, des manifestants ont incendié des locaux du Parti de la liberté et de la Justice (PLJ), la branche politique de la confrérie des Frères musulmans, à Ismaïlia et Port-Saïd, dans l'est du pays, selon la télévision publique.

Des locaux du PLJ, dont M. Morsi est issu, ont été aussi pris d'assaut à Alexandrie, où des accrochages ont éclaté entre manifestants des deux camps, selon un responsable du parti islamiste.

Elu en juin, M. Morsi, le premier président civil et islamiste du pays le plus peuplé du monde arabe, s'est arrogé jeudi dans une «déclaration constitutionnelle» le droit de «prendre toute décision ou mesure pour protéger la révolution» de 2011.

«Les déclarations constitutionnelles, décisions et lois émises par le président sont définitives et ne sont pas sujettes à appel» tant que ne sera pas achevée la nouvelle Constitution, qui doit être rédigée avant la mi-février, selon cette déclaration, puis approuvée par référendum.

«Coup d'État»

M. Morsi cumule déjà les pouvoirs exécutif et législatif -- la chambre des députés ayant été dissoute en juin --, et entretient des relations tendues avec une grande partie de l'appareil judiciaire. En août, il avait renforcé son pouvoir en écartant l'ancien ministre de la Défense, Hussein Tantaoui.

L'opposition a parlé de «coup d'État contre la légalité» et appelé à des manifestations à travers le pays.

Après la prière hebdomadaire musulmane vendredi en début d'après-midi, des opposants, en majorité des libéraux et des laïques, étaient regroupés sur la place Tahrir, épicentre de la révolte ayant provoqué la chute du président Hosni Moubarak en février 2011.

Ils devaient être rejoints par Amr Moussa, un ancien chef de la Ligue arabe, et par Mohamed ElBaradei, un ancien chef de l'agence nucléaire de l'ONU qui a accusé jeudi M. Morsi de s'être «proclamé nouveau pharaon». Pour eux, les pouvoirs élargis de M. Morsi remettent en cause les acquis de 2011.

M. Morsi a ainsi demandé «de nouveaux jugements» dans les procès sur les meurtres de centaines de manifestants durant la révolte, faisant planer une menace sur de hauts responsables militaires ou policiers, et pourrait entraîner un nouveau procès pour M. Moubarak, condamné à la prison à perpétuité.

Le président a aussi limogé le procureur général, Abdel Meguid Mahmoud, nommé du temps de Hosni Moubarak, et décidé qu'aucune instance judiciaire ne pouvait dissoudre la commission chargée de rédiger la future Constitution, empêchant ainsi la Haute cour constitutionnelle d'examiner un appel contre la composition de cette commission dominée par les islamistes.

Ces décisions visent à «nettoyer les institutions et à détruire les infrastructures de l'ancien régime», a expliqué le porte-parole de la présidence, Yasser Ali.

«Morsi, dictateur temporaire», a titré le journal indépendant Al-Masry Al-Youm.


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