Petraeus savait que l'attaque était liée à Al-Qaïda

Benghazi

L'ex-directeur de l'agence américaine du renseignement a témoigné à huis clos tôt vendredi matin devant les élus de la commission du Renseignement de la Chambre des représentants. Photo: Mladen Antonov / AFP

WASHINGTON - L'ancien chef de la CIA, David Petraeus, a expliqué aux élus du Congrès qu'il avait rapidement su que des proches d'Al-Qaïda étaient impliqués dans l'attaque du consulat de Benghazi en Libye, lors de sa première sortie officielle depuis sa démission il y a une semaine.

L'ex-directeur de l'agence américaine du renseignement, qui a démissionné le 9 novembre après la révélation d'une liaison extraconjugale avec sa biographe Paula Broadwell, a témoigné à huis clos tôt vendredi matin devant les élus de la commission du Renseignement de la Chambre des représentants.

Le 11 septembre dernier, quatre Américains dont l'ambassadeur Christopher Stevens, étaient tués dans l'attaque des deux complexes diplomatiques de Benghazi.

Les républicains ont vivement critiqué la gestion de l'événement par l'administration Obama, le sénateur McCain, évoquant soit une «incompétence colossale» soit «une entreprise de dissimulation».

Vendredi, le représentant républicain Pete King qui a assisté à l'audition, le général Petraeus a expliqué qu'il était clair dès le départ que des terroristes étaient impliqués.

«Il a dit qu'il y avait des rapports de renseignement (différents), mais qu'il avait toujours pensé qu'il y avait une implication terroriste importante», a rapporté M. King après l'audition. «Et je ne me souviens pas qu'il ait dit cela le 14 septembre», a-t-il ajouté, en référence à un point qu'avait réalisé M. Petraeus devant des responsables parlementaires.

M. King a indiqué que l'ex-patron de la CIA avait lu une déclaration de 20 minutes avant de répondre aux questions des parlementaires pendant 1h10. Selon lui, M. Petraeus avait été «très professionnel, très au fait, très fort» et qu'il avait émis des regrets sur le scandale sexuel l'ayant conduit à sa démission.

Le coeur des échanges semble s'être concentré sur le moment où les responsables américains ont découvert l'implication de miliciens islamistes, et qu'il ne s'agissait pas d'une manifestation contre une vidéo islamophobe diffusée à l'époque sur internet.

Cette thèse, que l'administration a reconnu comme erronée depuis, avait été reprise sur les plateaux de télévision par l'ambassadrice aux Nations unies, Susan Rice, cinq jours après.

De nombreux élus républicains accusent à demi-mot Barack Obama d'avoir cherché à dissimuler le caractère terroriste de l'attaque pour éviter de ternir le bilan du président dans sa lutte contre Al-Qaïda, alors en pleine campagne.

M. Petraeus est entré par une porte dérobée vendredi matin pour échapper aux nombreux journalistes qui l'attendaient, pour sa première sortie officielle depuis sa démission. Il témoignait ensuite devant les sénateurs.

Le général à la retraite dirigeait encore la CIA à l'époque de l'attaque, et lui-même s'est rendu en Libye pour enquêter. Les élus, démocrates comme républicains, avaient exigé son témoignage pour évaluer la réponse du gouvernement et de la CIA durant l'attaque.

L'audition n'a pas abordé, selon M. King, l'affaire autour de l'ex-maîtresse de M. Petraeus, Paula Broadwell. C'est cette liaison qui avait conduit à la démission du responsable.

La CIA, qu'il a dirigée pendant 14 mois, a annoncé jeudi avoir ouvert une enquête administrative «exploratoire» à ce sujet.

L'enquête du FBI, qui dure depuis plusieurs mois et qui a dévoilé l'affaire, se concentre sur Mme Broadwell et les documents confidentiels retrouvés sur son ordinateur, bien qu'à ce stade rien n'ait été trouvé de compromettant pour la sécurité nationale.

Un autre général quatre étoiles, John Allen, le commandant des forces de l'Otan en Afghanistan, est aussi cité dans l'affaire liée au général Petraeus. Le Pentagone a lancé une enquête sur une correspondance «déplacée» confinant au «flirt» qu'il aurait entretenue avec Jill Kelley, la femme qui a conduit par hasard le FBI à découvrir que M. Petraeus entretenait une relation adultère.


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