TAMPA (Etats-Unis) - Barack Obama a dénoncé les propos d'un républicain sur le viol, qui ont donné à son camp un angle d'attaque contre Mitt Romney tandis que le dirigeant américain concluait jeudi une tournée de huit Etats en votant en avance à 12 jours de la présidentielle.
De son côté, l'ancien gouverneur républicain du Massachusetts concentrait ses efforts sur l'Ohio, l'Etat qu'il doit presque impérativement remporter s'il veut être élu 45e dirigeant de la première puissance mondiale le 6 novembre, alors que les sondages restent serrés.
L'avion présidentiel Air Force One s'est posé jeudi à l'aube à Tampa après avoir traversé de nuit le territoire américain depuis Las Vegas où M. Obama a prononcé tard mercredi soir un discours, le troisième de la journée, devant 13 000 personnes.
À chaque étape précédente, dans les Etats clés de l'Iowa et du Colorado, M. Obama a insisté sur la question de la «confiance» que les Américains doivent pouvoir accorder à leurs dirigeants, sous-entendant que M. Romney n'en était pas digne car il tente selon lui de cacher un programme ultra-conservateur sous des dehors modérés.
«La confiance, c'est important (...) ce que vous avez vu ces quatre dernières années, c'est que je suis sincère. Je fais ce que j'ai dit», a ajouté le président, qui tente comme M. Romney de convaincre les centristes et indécis restants de lui confier les clés de la Maison Blanche pour les quatre ans à venir.
M. Obama s'est aussi emparé des propos d'un candidat républicain au Sénat dans l'Indiana, Richard Mourdock, qui avait affirmé mardi qu'une grossesse issue d'un viol était «une volonté de Dieu».
Lors de l'émission nocturne du populaire animateur de télévision Jay Leno près de Los Angeles mercredi, le président a dit ne pas comprendre «ces idées». Le viol est «un crime», a-t-il souligné.
L'avortement a été légalisé par la Cour suprême en 1973. M. Romney, contre les interruptions volontaires de grossesse sauf en cas de viol, d'inceste ou de danger pour la santé de la mère, souhaite que la Cour revienne sur son arrêt et a promis de nommer des juges anti-avortement.
Premier président à voter de façon anticipée
Cette affaire, a affirmé M. Obama, montre «exactement pourquoi il ne faut pas qu'un tas de politiciens, des hommes pour la plupart, prennent des décisions sur la santé des femmes». En 2008, les électrices, 53% du corps électoral, avaient été 56% à choisir M. Obama.
Son comité de campagne est allé plus loin en demandant à M. Romney de retirer son soutien à M. Mourdock. Une porte-parole du républicain a expliqué que M. Romney n'était «pas d'accord sur la conduite à adopter dans les cas exceptionnels de viol ou d'inceste», mais a refusé de lâcher le candidat au Sénat.
Jeudi matin, l'équipe Obama a accusé M. Romney de «donner une voix aux extrémistes», soulignant dans une vidéo de campagne que son colistier Paul Ryan avait encore récemment affirmé que «la méthode de conception ne change pas la définition de la vie».
Le camp Romney avait déjà été embarrassé fin août par des propos d'un autre candidat républicain à la chambre haute du Congrès, Todd Akin, qui avait assuré qu'un «viol véritable» donnait rarement lieu à une grossesse.
Une grande partie du Congrès sera renouvelée le 6 novembre, et la marge de manoeuvre du futur président dépendra de ses majorités.
Se disant persuadé que sa campagne a été mise en orbite par les trois débats qui l'ont opposé du 3 au 22 octobre au président sortant, M. Romney a affirmé mercredi dans l'Iowa qu'il était «optimiste, pas seulement à propos de la victoire... et d'ailleurs, nous allons gagner».
De fait, M. Romney dépasse de peu M. Obama dans les intentions de vote au plan national, mais les sondages dans les Etats décisifs montrent toujours pour la plupart une égalité ou un léger avantage au sortant, tout en restant dans la marge d'erreur.
La clé d'une victoire pour M. Romney pourrait résider dans l'Ohio, où il avait prévu jeudi trois interventions publiques lors d'une tournée en autocar.
M. Obama conclura en soirée dans le même Etat un périple électoral de deux jours mené tambour battant. De Floride, il se rendra d'abord en Virginie puis dans son fief de Chicago en Illinois (nord) où il sera le premier président à voter de façon anticipée.
Sa campagne met l'accent sur cette procédure déjà possible dans une majorité d'Etats pour assurer une forte participation.
Powell votera pour Obama
L'ancien secrétaire d'Etat américain du président républicain George W. Bush, Colin Powell, a annoncé jeudi qu'il voterait le 6 novembre pour le président démocrate Barack Obama, en lice pour un deuxième mandat face au républicain Mitt Romney.
«J'ai voté pour lui en 2008 et j'ai l'intention de rester à ses côtés en 2012. (...) Je vais voter pour lui et pour le vice-président Joe Biden le mois prochain», a déclaré M. Powell dans un entretien à la chaîne de télévision américaine CBS.
Âgé de 75 ans, Colin Powell, fils d'immigrés jamaïcains né aux Etats-Unis, fut le premier Noir à occuper la fonction de chef d'état-major des forces armées américaines, pendant la première Guerre du Golfe.
En octobre 2008, M. Powell avait apporté son soutien à M. Obama "en raison de sa capacité à inspirer, en raison du caractère fédérateur de sa campagne, et parce qu'il tend la main à toute l'Amérique".