Sa soeur de sept ans, Zainab, grièvement blessée, restait plongée dans un coma artificiel à l'hôpital de Grenoble (sud-est), mais ses jours ne sont plus en danger.
Avec près de 25 douilles retrouvées sur la scène de la tuerie de Chevaline, l'hypothèse d'un tireur unique semblait de moins en moins envisageable, même si les enquêteurs n'excluent à cette heure aucun scénario.
Tous les mystères de ce massacre «à la sauvagerie inouïe» dans lequel ont été tuées quatre personnes -Saad al-Hilli, 50 ans, sa femme Iqbal, originaire comme lui de Bagdad, une femme plus âgée de nationalité suédoise et un cycliste français- donnent lieu à une enquête «particulièrement complexe», selon le procureur.
Plusieurs dizaines de douilles
Mais quelques zones commencent lentement à s'éclaircir, même si les enquêteurs sont soucieux de préserver leurs avancées. L'une d'elles a trait au nombre de tireurs.
M. Maillaud avait fait état jeudi de quinze douilles retrouvées autour de la voiture: «On est aujourd'hui à peu près à 25» et «il y avait des douilles dans le véhicule».
Étant donné le nombre de balles tirées et le nombre de douilles retrouvées, le ou les tueurs «ont très certainement utilisé une arme semi-automatique», selon un spécialiste des armes. Or, les chargeurs standards de ces armes ne peuvent contenir «que 15 balles maximum», selon cette source.
Du coup trois hypothèses émergent: il y avait soit deux tireurs, soit un tireur ayant utilisé deux armes chargées de façon consécutive, soit enfin un tireur ayant rechargé pendant la fusillade.
Les enquêteurs continuent également de creuser la piste d'un 4x4 vert et d'une moto qui auraient été vus par plusieurs témoins après les assassinats.
Le magistrat a d'ores et déjà ouvert deux informations judiciaires, l'une pour «assassinats» et l'autre pour «tentatives d'assassinats», car il y avait «une volonté de tuer toutes les personnes vivantes».
Deux juges d'instruction ont été désignés pour cette affaire. Trois gendarmes français sont arrivés vendredi à Londres et un autre devait les rejoindre samedi matin.
La voiture de Saad al-Hilli, ingénieur, a été découverte mercredi après-midi sur une route forestière près du village de Chevaline, à proximité du lac d'Annecy où il passait ses vacances en camping avec sa famille.
À l'intérieur se trouvaient son cadavre, celui de sa femme et de la mère de cette dernière, selon les premiers éléments de l'enquête. A côté gisait un cycliste français, victime collatérale de ce qui ressemble à une tentative d'exécution de toute une famille.
En ont réchappé la fillette de quatre ans restée huit heures cachée dans la voiture avant que les enquêteurs ne la découvrent, et l'aînée de sept ans, grièvement blessée au crâne.
Les enquêteurs devaient notamment se pencher sur la piste d'un litige financier entre Saad al-Hilli et son frère. Ce dernier s'est présenté «spontanément» jeudi à la police britannique pour «demander des nouvelles de son frère» et nier toute implication.
Diverses théories
Les théories les plus diverses, du car-jacking ayant mal tourné à la piste terroriste d'Al-Qaïda, ont été avancées par la presse britannique, dont aucune n'est confirmée par les enquêteurs français. Le procureur d'Annecy s'est dit «halluciné» par cette profusion.
Il s'est montré très prudent quant à la théorie d'un tueur à gages. «Je n'aime pas le mot d'exécution. Exécution égal professionnel», a-t-il dit, se refusant à donner toute précision sur l'enquête balistique, le type d'arme et le calibre des munitions.
Il a également souligné que M. al-Hilli était «totalement inconnu» des services de renseignement.
Né à Bagdad et installé depuis longtemps en Grande-Bretagne, Saad al-Hilli, 50 ans, travaillait depuis près de deux ans pour une société de micro-satellites, Surrey Satellite Technology Limited, (SSTL), appartenant à Astrium, elle-même filiale du géant aéronautique EADS, a confirmé le président de SSTL en lui rendant un hommage appuyé.
Il résidait avec sa femme et ses deux filles dans la grande banlieue sud de Londres, dans le comté du Surrey.