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Notre envoyé spécial en France

La politique, une passion française

Agence QMI 
Une chronique de François Bugingo
28/04/2012 16h04 
 
 
Notre envoyé spécial en France - La politique, une passion française
François Bugingo. 
© Courtoisie

PARIS - La campagne électorale à la présidence est terne ? La population française est désabusée ? Certainement pas. Dans les familles, les débats n'ont jamais été aussi passionnés. Visite dans l'une d'entre elles.

Jacques m'avait promis : «Tu verras, les pommes de terre rissolées de ma mère, c'est un régal.» Sa maman a rougi quand il a répété le compliment devant elle. Leïla, la blonde de Jacques, aidait à mettre le couvert. C'est ainsi tous les samedis midi : Jacques vient faire une bise à ses parents, deux retraités de la fonction publique, aujourd'hui installés en banlieue de Paris.

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C'est la maman de Jacques qui, croyant entretenir la conversation, a mis le feu aux poudres. «Ce temps pourri (il n'a cessé de pleuvoir sur Paris depuis des jours) ne doit pas trop vous aider à couvrir cette campagne présidentielle», m'a-t-elle dit.

Et c'était parti pour un long et intense débat sur les candidats dans la course. Jacques qui a toujours voté à gauche ne comprenait pas le choix de Leïla pour Nicolas Sarkozy. En se levant violemment de table, il a lancé : «C'est pour faire la beur (enfant d'immigrant) intégrée que tu te sens obligée de soutenir une droite de plus en plus fasciste ?»

Malgré les apparences, malgré les prédictions des maisons de sondage, cette campagne présidentielle en France soulève bien des passions. Si dans la capitale, la détestation du président sortant est devenue viscérale et irrationnelle, dans les petites villes, la probable victoire de François Hollande n'enthousiasme pas. Pourtant, rares sont ceux qui sont en mesure de détailler les programmes politiques des différents candidats. Les thèmes polémiques comme la question du vote élevé de l'extrême droite au premier tour prennent souvent le dessus sur les enjeux réels de gouvernance et de solutions aux crises que connaît la société.

Et les discussions ne sont pas seulement confinées aux familles. Les Français se délectent tout autant des différentes émissions politiques diffusées en heures de grande écoute. Y voir un banal voyeurisme des confrontations ou une malsaine passion pour les controverses serait une erreur.

Le Français aime réfléchir et discuter de politique. Pas la politique des chiffres et des projets de loi. Non, la politique de l'idée qu'ils se font de la France et la politique de l'esprit. Un candidat ici se doit d'avoir le sens de la répartie et de la phrase bien tournée. C'est la phrase-choc qui par son humour ou son élégance fera parler le lendemain.

Leïla le dénonçait justement dans le débat orageux autour de la table : «Les mots, les mots, que des mots. En fait, ils se bornent à faire de la posture plutôt que répondre aux problèmes!»

Jacques pense justement que la posture révèle le politicien. «Sarkozy a dégradé l'institution présidentielle. Il a dit des mots, des vulgarités qui ne sont pas dignes d'un président.»

Au final, des discussions politiques sont omniprésentes dans les bars, les restaurants, les familles. Des touristes allemands croisés au bord de la Seine trouvent ces débats à la fois envahissants et impudiques.

C'est peut-être exagéré, mais ils sont suffisamment passionnés au point de briser le cœur d'une mère qui s'était donné du mal aux fourneaux un samedi de pluie : «Il n'a même pas fini son assiette. Il raffole pourtant si fort de mes patates rissolées.»

 
 






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