Une chronique de François Bugingo
Agence QMI

Hollande et le Québec

Notre envoyé spécial en France - Hollande et le Québec

«Nous avons une amitié et un cousinage», a répondu François Hollande à une question sur le Canada. © Jackie Naegelen / Reuters


Une chronique de François Bugingo

PARIS - La soirée de mercredi fut passablement occupée à la Délégation générale du Québec à Paris. La cause de ce surcroît de travail : la réponse donnée par le candidat socialiste François Hollande à une question posée par l'envoyé spécial de l'Agence QMI.

Le déroulement des événements est révélateur de l'attention particulière que le Québec et le Canada accordent aux présidentielles françaises de cette année.

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Récit de cette minitempête diplomatique : François Hollande répond depuis environ une heure et demi aux questions des journalistes quand mon tour arrive. Mon interrogation porte sur les liens qu'il souhaite entretenir avec les États-Unis et le gouvernement conservateur du Canada. La réponse est polie, générique.

Puis, en conclusion, Hollande dit : «Sur le Canada et la question du Québec, vous auriez pu m'en parler, généralement il y a toujours une incidente. Vous connaissez notre position, elle ne changera pas. Nous avons une amitié et un cousinage.»

L'affirmation est accompagnée d'un sourire amical. Mais au Québec et dans des cercles français en lien avec le Québec, la formulation surprend. Elle n'est pas sans rappeler celle utilisée par le président Nicolas Sarkozy quand il rompit avec la doctrine du «ni ni» (ni ingérence, ni indifférence), qui était traditionnellement la base des relations entre la France et le Québec. En 2009, alors qu'il remettait à Jean Charest les insignes du commandeur de la Légion d'honneur, Sarkozy lâcha : «Les Québécois sont des frères et les Canadiens des amis».

Surprise

À partir de 17 h (heure de Paris), le délégué général du Québec à Paris, Michel Robitaille, est assailli d'appels. Ses interlocuteurs veulent savoir si Hollande s'est rallié à la position de Sarkozy. Par courriel, des politiciens fédéraux me demandent également de leur confirmer la formule employée par Hollande.

Dans leur plateforme en matière de politique internationale, adoptée en octobre 2010, les socialistes français avaient pourtant indiqué qu'ils reviendraient, s'ils étaient élus, à la formule du «ni, ni» entre la France et le Québec.

En avril 2011, une délégation du Parti socialiste conduite par Pierre Moscovici (actuellement directeur de campagne de François Hollande) avait participé au congrès du Parti québécois pour y réaffirmer l'engagement du parti pour un retour aux relations traditionnelles avec le Québec.

C'est ce que répétait encore dimanche la députée Louise Beaudoin au cours d'une intervention à la télévision québécoise. Même interprétation de la part du député péquiste de Lac-Saint-Jean, Alexandre Cloutier, qui était à Paris pour célébrer le score historique des socialistes au premier tour des présidentielles.

Mais François Hollande a-t-il vraiment infléchi la position envers le Québec ?

Sa réponse a été livrée par Patrick Bloche, député et maire du 11e arrondissement de Paris et vice-président du groupe d'Amitié France-Québec à l'Assemblée nationale. Ces quelques mots prononcés par François Hollande n'avaient pas de signification : «Un gouvernement de François Hollande s'engage à restaurer les relations historiques entre la France et le Québec. Car la charge de Sarkozy contre les souverainistes québécois (…) est indigne d'un chef d'État français. En fait, il aura infligé à la Belle Province les mêmes dégâts qu'à la France durant son quinquennat : il a voulu opposer les Québécois entre eux comme il l'a fait avec les Français.»

Promis, juré, selon M. Bloche, avec François Hollande plus question de division, ni d'antagonisme avec le Québec. Cependant, celui-ci tient à préciser : « M. Paul Desmarais (le patron de Power Corp, proche de Sarkozy) ne recevra pas d'invitation de François Hollande pour la fête du 6 mai (le jour des élections). C'est après tout, un ami personnel de Sarkozy, dont il partage la vision du Québec. Qui n'est pas la nôtre.»


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