Les Français se rendent aux urnes ce dimanche pour le premier tour des élections présidentielles. Dix candidats sont sur la ligne de départ. Parmi eux, le président sortant, Nicolas Sarkozy (malmené par les derniers sondages), est sans conteste le plus américain des politiciens français.
Ses assemblées électorales sont aussi spectaculaires qu'un spectacle d'une star de rock. Pendant une journée, nous l'avons suivi dans ces instants déterminants pour son avenir politique.
Depuis deux heures, 2000 partisans réunis dans une salle de sport de la banlieue parisienne scandent le vœu de voir leur candidat favori reconduit à la présidence de la France. Plus que des militants, ce sont des admirateurs qui sont venus à la rencontre de leur idole.
«Il est beau, il est la France de mes rêves», jure Nicole, une grande brune qui a pris congé de son bureau pour ne pas manquer le spectacle.
Sur les écrans géants placés derrière l'estrade défilent les images de la vedette du jour avec, en fond sonore, des musiques dignes des grandes épopées hollywoodiennes.
Et soudain, il arrive ! Sourire de vedette, démarche légèrement sautillante, prenant son temps pour savourer le moment, Nicolas Sarkozy de toute évidence adore les bains de foule. Il se laisse bousculer. Serre des mains. Ses gardes du corps qui ont reçu l'ordre de ne pas porter de cravate, trop stricte, semblent, eux, être moins à la fête.
«Nicolas s'il te plaît, une bise », implore une jeune étudiante. Ce sera accordé. Le candidat ne se formalise ni du tutoiement ni de l'audace. Le contraste est frappant avec le président Sarkozy rencontré la veille dans la cour de l'Élysée à l'issue du dernier Conseil des ministres avant le premier tour des présidentielles. Ce Sarkozy-là était beaucoup plus empesé, distant avec la presse, fermé et peu disposé à des familiarités.
Laquelle des deux personnalités est la plus proche du vrai homme ? Impossible de dire.
Pendant 40 minutes, Sarkozy livre devant ses partisans un discours sans l'aide d'aucune note. Il est tout simplement impressionnant. Une vraie bête de scène. Avec l'art de moduler sa voix et ses crescendo au diapason des applaudissements de la foule, il joue astucieusement de l'ironie quand il s'en prend aux médias (selon lui biaisés) ; il s'enflamme quand il dit croire en la France forte ; il est plus confidentiel quand il se dit solidaire d'une femme qui n'en peut plus de l'insécurité qui règne dans son quartier (une occasion pour lui de reprendre à son compte un discours anti-immigration jadis tenu par l'extrême-droite.
Plus appuyé encore, le voilà qu'il se rit de la gauche « caviar », une gauche des riches, déconnectée de la réalité des Français. Dans la salle, assis au bout de la première rangée, l'homme d'affaires Serge Dassault applaudit ; selon «Forbes», il est la 96e fortune planétaire, riche de plus de 9 milliards $.
Et comme toutes les stars, Sarkozy a un agenda surchargé. Sitôt son show terminé, il ne s'attarde pas. Il serre quelques mains à gauche et à droite, s'arrête un temps auprès de quatre hommes noirs avec une banderole qui dit «les Franco-Ivoiriens pour Sarkozy», puis s'engouffre dans sa voiture qui file à toute vitesse.
Encore époustouflée et essoufflée, la foule tarde à quitter la salle de l'assemblée. Pourtant, derrière, les ouvriers ont déjà commencé à démonter la scène. Une heure plus tard, tout est fini.
La salle a repris son apparence triste de gymnase de banlieue. Les journalistes, eux, se grattent encore la tête en se demandant comment rapporter l'événement auquel ils viennent d'assister. «C'est le douzième meeting de Sarkozy que je couvre cette année, avoue un reporter de la radio publique, je suis toujours autant fasciné par sa capacité d'envoûtement sur scène. Oui, il envoûte tout le monde, journalistes compris. Car, quand on réécoute à froid son discours, on réalise qu'il ne finit pas souvent ni ses phrases, ni ses pensées. Un vrai tour de magie…»
Dimanche, jour du 1er tour électoral, ce ne sera pas seulement une petite salle de banlieue que Sarkozy devra mettre à ses pieds, mais tout le pays qu'il lui faudra fasciner. On saura bien dans quelques heures si la magie a opéré.
Journaliste chevronné, François Bugingo sera l'envoyé spécial de l'Agence QMI tout au long de la campagne présidentielle française, qui se terminera le 6 mai par le deuxième et dernier tour du vote. François a pour mission le prendre le pouls des Français, de les rencontrer chez eux ou dans les lieux publics afin de comprendre les enjeux de cette joute politique hors du commun.