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France

La SNCF dit ses «regrets» pour sa responsabilité dans la Shoah

Agence France-Presse 
Jean LIOU
25/01/2011 15h20 
France - La SNCF dit ses «regrets» pour sa responsabilité dans la Shoah
La gare de la ville de Bobigny (banlieue parisienne), d'où sont partis plus de 20 000 Juifs vers les camps de la mort en 1943 et 1944. 
© AFP

BOBIGNY - La compagnie française des chemins de fer (SNCF) a solennellement exprimé mardi ses «regrets» pour son rôle dans la déportation de 76 000 Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, répondant indirectement à des demandes américaines pour l'obtention de contrats.

«Je veux dire la profonde douleur et les regrets de la SNCF pour les conséquences des actes de la SNCF de l'époque. En son nom, je m'incline devant les victimes, les survivants et les enfants de déportés et devant la souffrance qui vit encore», a déclaré le PDG de la SNCF Guillaume Pepy.

La SNCF, qui a transporté près de 76 000 Juifs vers les camps d'extermination entre 1942 et 1944, bien que «contrainte, réquisitionnée», fut «un rouage de la machine nazie d'extermination» soumis à «l'effort de guerre nazi», a-t-il dit.

«Contrainte, certes, notre entreprise a acheminé ces trains jusqu'à la frontière. Elle l'a fait», a-t-il ajouté.

La SNCF avait pour la première fois reconnu son rôle dans la déportation de Juifs en novembre. M. Pepy avait fait ce premier acte de contrition lors d'un déplacement aux États-Unis en vue de présenter l'offre de la SNCF pour le projet de ligne à grande vitesse Tampa-Orlando en Floride.

La compagnie française, également candidate à l'exploitation d'une ligne à grande vitesse en Californie, était sommée depuis des mois par des élus américains de rendre des comptes sur son attitude pendant la guerre.

En Californie, le démocrate Bob Blumenfield avait fait voter une loi obligeant tous les candidats à un contrat à faire la lumière sur leur rôle éventuel dans le transport de «prisonniers» de 1942 à 1944. Un élu de Floride à la Chambre des représentants, le démocrate Ron Klein, avait déposé une proposition de loi similaire au niveau fédéral.

Au vu des enjeux financiers des contrats (des dizaines de milliards de dollars), pour la SNCF, mais surtout pour son fournisseur de trains Alstom, la direction de la compagnie avait choisi de se repentir publiquement.

Des descendants de victimes s'étaient émus en France du fait que la repentance de la SNCF soit dictée selon eux par des intérêts commerciaux.

Finalement, la loi californienne qui menaçait directement la SNCF a fait l'objet d'un veto du gouverneur Arnold Schwarzenegger, avant son départ, cependant que le représentant démocrate de Floride a été battu aux élections en novembre.

Les autorités françaises ont mis beaucoup de temps, après la guerre, pour reconnaître le rôle de l'État dans la déportation des Juifs de France. Ce n'est qu'en 1995, peu après sa première élection, que le président Jacques Chirac prononça les paroles historiques attendues par la communauté juive.

M. Pepy a repris mardi à son compte les mots prononcés alors par M. Chirac : «Oui, la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l'État français».

Dans la foulée, il a cédé mardi à la ville de Bobigny (banlieue parisienne) un terrain de la gare d'où sont partis plus de 20.000 Juifs vers les camps de la mort en 1943 et 1944 et qui doit devenir un lieu de mémoire.

Il a en outre dit que «les cheminots résistants ont été l'honneur de l'entreprise et de la France». Environ 2000 de ces ouvriers ont été fusillés ou sont morts en déportation.

Tout en se disant «très satisfait» de l'initiative de la SNCF, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) Richard Prasquier a souhaité «une étude historique sans oeillères» sur le rôle de la compagnie française.

En revanche, Avi Bitton, avocat de 600 plaignants (ex-déportés juifs, parents des victimes) qui ont tenté en vain depuis 2006 de faire condamner la SNCF, estime que la société «essaie de se payer une mémoire à moindre coût par quelques mots d'excuses».









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