Manque de carburant «encore plusieurs jours», les patrons inquiets

France - Manque de carburant «encore plusieurs jours», les patrons inquiets

Un quart des stations-services de France sont toujours à sec.© AFP Photo / Pascal Guyot

Le gouvernement français a reconnu vendredi qu'il faudrait «encore plusieurs jours» pour approvisionner en carburants les stations-service dont un quart étaient toujours à sec, tandis que les entreprises étaient de plus en plus inquiètes du ralentissement de l'activité.

Selon le ministre de l'Écologie et de l'Énergie Jean-Louis Borloo «entre 20 et 21 %» des 12 300 stations-service du pays étaient toujours vides vendredi matin, en raison des grèves dans les 12 raffineries de France dans le cadre du mouvement de contestation contre la réforme des retraites.

Et un retour à la normale «prendra encore plusieurs jours», ont convenu les services du Premier ministre François Fillon à quelques heures des départs en vacances de la Toussaint.

Matignon explique la situation par «les difficultés rencontrées dans la remise en ordre du système de distribution, dans le contexte des grèves qui provoquent l'arrêt complet des raffineries et le blocage des terminaux pétroliers de Marseille (sud) et du Havre (ouest)».

Depuis plusieurs jours les raffineries françaises ne produisent plus rien et des dépôts de carburants sont bloqués, provoquant des pénuries.

Pour éviter une paralysie de la capitale, le pouvoir est passé à l'offensive en faisant intervenir les gendarmes vendredi matin pour débloquer la raffinerie de Grandpuits, principale source d'alimentation en carburants de la région parisienne, après un ordre de réquisition du personnel.

Selon M. Borloo on pouvait constater vendredi une «lente amélioration».

Pour combler les manques, le gouvernement a demandé une «mutualisation» des réseaux de distribution et indiqué que des «quantités importantes de carburants» avaient «été importées pour pallier l'arrêt des raffineries».

À ce stade cependant, le ministre de l'Énergie a affirmé que des mesures de rationnement d'essence n'étaient «pas prévues pour l'instant».

Pourtant vendredi, la préfecture de Seine-Maritime (ouest) a pris un arrêté limitant l'approvisionnement à 30 litres par véhicule particulier, 150 litres par poids lourd. Celle de l'Eure (près de Paris) avait pris jeudi des dispositions similaires et réquisitionné une trentaine de stations-service pour le ravitaillement des usagers prioritaires.

De manière symbolique, alors que le président Nicolas Sarkozy a dénoncé une «prise en otage» de la France, les grévistes de la raffinerie Total de Donges (nord-ouest) ont réquisitionné vendredi une station-service pour servir les usagers prioritaires mais aussi les particuliers qui ont pu repartir sans payer leur carburant, a constaté l'AFP.

Ces pénuries, que le gouvernement a mis du temps à reconnaître, ont entraîné un ralentissement de l'activité dans plusieurs secteurs comme ceux de la chimie, la restauration, le commerce de détail, le bâtiment ou le tourisme.

Des «centaines de milliers de petites et moyennes entreprises tournent au ralenti» voire s'apprêtent à «cesser leur activité» ce qui risque de pousser «les plus fragiles» à la faillite, a mis en garde l'organisation patronale CGPME.

«Dans un très grand nombre de villes françaises (...) les activités du commerce ont été fortement perturbées», se sont alarmées l'Union du grand commerce de centre-ville (UCV) et la Fédération des enseignes de l'habillement (FEH).

Les deux organisations évoquent des baisses de chiffre d'affaires «de l'ordre de 40% par rapport à octobre 2009» dans «plusieurs magasins» en raison des pénuries de carburant mais aussi des actes de vandalisme commis en marge de certains défilés.

«Si aucune amélioration significative de la situation ne voit le jour d'ici peu, des animaux manqueront de nourriture», s'est alertée l'association des fabricants d'aliments de Bretagne (nord-ouest). Tandis que les transporteurs routiers ont de nouveau réclamé que les poids-lourds soient approvisionnés en priorité.


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