JACMEL, Haïti – La gouverneure générale Michaёlle Jean a été pratiquement prise d’assaut par une foule délirante alors qu’elle se promenait dans un marché à Jacmel, ville haïtienne où elle a passé une grande partie de son enfance.
L’enthousiasme était tel dans les ruelles où elle passait que les mesures de sécurité visant Mme Jean ont été complètement écartées.
Les gens se poussaient et jouaient du coude pour jeter un coup d’œil à celle des leurs qui a réussi à grimper les échelons pour devenir la représente de Sa Majesté la Reine au Canada.
Envahie par une foule déterminée, Mme Jean circulait en pointant du doigt des édifices qui s’étaient écroulés à son mari Jean-Daniel Lafond. «C’est fou», a-t-elle murmuré, en passant à côté de structures aplaties.
La gouverneure générale a réussi une mission personnelle qu’elle s’était donnée : voir la maison de la tante de sa mère où elle avait passé une grande partie de son enfance. La maison a résisté aux chocs du séisme.
Il y a «plein de souvenirs» dans cette maison, a-t-elle noté.
«Je me sens maintenant comme si je pouvais sentir la force des gens. Elle est présente ici.»
La gouverneure générale a croisé des cousins et de vieux amis de la famille en se promenant dans les rues jonchées de débris. Elle a laissé entendre qu’elle était emportée par l’ampleur des dégâts.
C’est la première fois qu’elle met le pied à Jacmel depuis le séisme dévastateur du 12 janvier. Elle s’y est rendue pour constater l’étendue des dommages et lancer un message empreint d’optimisme à ses 40 000 citoyens.
Sur son chemin, elle a eu une douloureuse rencontre avec la fille d’une amie bien-aimée qui a péri dans les décombres à Jacmel, la féministe et militante Magalie Marcelin. Elle était la marraine de sa fille Marie-Éden.
La voix étranglée par l’émotion, la gouverneure générale a étreint la fille de Magalie, Maile, dans le cadre d’une rencontre avec un groupe de femmes. Puis elle a momentanément éclaté en sanglots.
Mme Jean a ensuite parlé aux femmes rassemblées.
«Lorsqu’on cherchait les membres de ma famille à Jacmel, eh bien, je voudrais vous dire que ma famille est ici. Ma famille, c’est vous.»
Mme Jean a précisé que ce sentiment de la famille émerge lorsque les gens se rassemblent, mettent leurs idées et forces en commun et posent des gestes pour bâtir l’avenir, une étape à la fois. «C’est ça qui fait la différence.»
À son arrivée à l’aéroport de Jacmel en début de journée, Mme Jean a dit croire que les Haïtiens reprenaient espoir.
Les citoyens qu’elle a croisés n’ont toutefois pas hésité à réclamer de l’aide de sa part et également de la part du gouvernement canadien.
Selon Amil Zeny de la chambre de commerce de cette région, Jamel a bénéficié, certes, de l’aide humanitaire canadienne, mais ce qui importe maintenant, c’est d’investir.
Il a d’ailleurs fait écho aux appels de certains Haïtiens qui souhaiteraient que le gouvernement haïtien décentralise ses fonctions et délègue davantage de pouvoirs à la région de Jacmel.
«L’État n’est pas la nation», a déclaré M. Gérald Mathurin. Ce qu’il faut à Haïti, «c’est une vraie démocratie», a-t-il affirmé. Mme Jean a abondé dans le même sens.
«La société civile doit avoir son rôle à jouer au niveau de la reconstruction», a-t-elle insisté. Autrement, «la reconstruction est vouée à l’échec.» Il faut passer aux actes dès maintenant, a conclu la gouverneure générale.