«La nourriture est arrivée sans problème. Il n'y avait pas de désordre. Les Brésiliens sont venus et ils ont fouetté les gens. Ce n'est pas possible!»
Un peu avant que la situation ne tourne au vinaigre et que l'émeute n'éclate, un policier haïtien était en furie devant les actes de brutalité commis par des soldats pourtant munis d'un casque de l'ONU.
L'aide alimentaire qui commence à arriver est distribuée dans la violence et l'anarchie la plus totale.
Près de 15 000 Haïtiens nerveux et affamés étaient rassemblés hier matin devant le Commissariat de Cité Soleil. Les bousculades et les combats de rue se sont multipliés pendant plus de trois heures devant les installations portuaires.
«Ils ne sont pas des bêtes. Nous faisions les choses sans problèmes. Ils veulent montrer au monde entier que les Haïtiens sont des bêtes. Ce n'est pas vrai du tout», criait un membre de la police locale.
«Nous avons le contrôle. Nous connaissons ce peuple», a immédiatement répondu dans un anglais boiteux un officier supérieur brésilien qui avait compris les accusations.
Actes de brutalités
Pendant qu'une partie de la foule tentait de former une file d'attente le long du mur, des militaires de la Jordanie et du Pakistan n'hésitaient pas à frapper les habitants à coup de matraque.
Le Journal a été témoin de plusieurs actes de brutalité inutiles de la part de militaires rattachés à la MINUSTAH. Sous la lentille des caméras, quelques-uns d'entre eux calmaient leurs ardeurs et changeaient de méthodes.
Un jeu violent aux allures de course folle simplement pour manger et survivre. Des coups de semonce ont été tirés vers le ciel pour effrayer la foule déjà terrorisée.
Même des femmes enceintes ont été battues par les autorités armées. Un pauvre homme s'est écroulé dans un trou étroit servant d'égout. Sa fracture ouverte à la jambe était évidente.
Des combats
Par groupe de dix, les sinistrés avaient droit à un sac de pois, un sac de riz et de l'huile pour cuire les aliments.
Aussitôt à l'extérieur des murs, des Haïtiens se sont battus pour les denrées. Le mot humanitaire a perdu une partie de sa signification. Des voleurs aux aguets surveillaient la sortie de la nourriture.
Pour quelques céréales, la guerre a éclaté. Avec une force inouïe, une femme partiellement nue voulait sa part d'un sac à moitié déchiré. D'autres se tenaient la main en groupe pour ne pas se faire attaquer. Triste à mourir.
(Le Journal de Québec)