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Il marche depuis 9 ans

42 paires de souliers plus tard

Dany Doucet
Le Journal de Montréal
23/08/2009 08h18 

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Il marche depuis 9 ans - 42 paires de souliers plus tard
Jean Béliveau (à gauche) rencontre Nelson Mandela en Afrique du Sud. 
© Courtoisie Luce Archambault / wwwalk.org

Parti il y a neuf ans cette semaine, le Montréalais Jean Béliveau a maintenant traversé 60 pays à la marche

«Chérie, je m'en vais prendre une marche autour du monde. Je devrais être de retour à la maison dans une dizaine d'années.» Imaginez-vous en train d'annoncer la nouvelle à votre conjointe... Ce n'est pas ainsi que ça s'est passé, mais c'est finalement ce qui s'est produit lorsque Jean Béliveau a annoncé son départ à sa conjointe, il y a neuf ans aujourd'hui.

Le marcheur québécois a quitté Montréal le 18 août 2000 et, 42 paires de souliers usés plus tard, il a maintenant parcouru 60 800 kilomètres à pieds dans 60 pays.

C'était aussi le jour de son anniversaire, lui qui fêtait mardi ses 54 ans.

Le périple devait durer 10 ans, mais il s'échelonnera finalement sur un peu plus de 11 années, le retour étant prévu en octobre 2011.

C'est ce qui s'appelle rentrer en retard à la maison! «Une chance que j'aie cette femme-là en avant de moi, c'est elle qui m'encourage», confie Jean Béliveau au sujet de sa conjointe, Luce Archambault, qui l'attend à Montréal.

VOTRE OPINION:

Feriez-vous comme Jean Béliveau?

Aujourd'hui retraitée, celle-ci s'occupe des communications et du site Internet en trois langues de son conjoint, qui marche pour lui-même, mais aussi pour «promouvoir la paix et la non-violence au profit des enfants du monde».

ACCUEILLI PARTOUT

René Béliveau se trouvait cette semaine en Indonésie, au milieu de l'île de Java, dans une ville nommée Semarang. Comme c'est le cas 80 % du temps, il était hébergé par des gens qui lui offraient l'hospitalité. Des gens extrêmement pauvres aussi bien que très riches.

Et comme d'habitude aussi, il avait parcouru entre 30 et 40 km dans la journée en poussant son chariot qui contient tout ce qu'il possède maintenant: une tente, un sac de couchage, de l'eau, quelques souvenirs, des vêtements et des victuailles.

Les autres 20%, il couche dans des parcs, sous des ponts, dans des églises et même des prisons, sous une tente ou à la belle étoile. Parfois, il se paie une chambre dans un gîte, ce qui est rare parce que son budget est mince, très mince.

«Pour traverser l'Afrique durant deux ans et demi, dit-il, ça m'a coûté 2500 $.»

PROBLÈME DE LANGUE

Au Japon, par contre, une société plus fermée où il se sentait perçu comme un itinérant, il lui a fallu la même somme pour marcher pendant deux mois et demi.

«Je dois dire qu'il y avait aussi un gros problème de communication au Japon», ajoute-t-il, refusant de tomber dans les clichés et les préjugés, une chose que ses voyages lui ont apprise.

La langue est tout un défi quand on parcourt autant de pays. Tant bien que mal, avec des gestes simples, mais aussi beaucoup de sourires et d'humour, il réussit souvent à se faire comprendre. Mais pas toujours...

«Des fois, c'est frustrant, dit-il, comme aujourd'hui, où j'ai fait quatre kilomètres pour rien dans la mauvaise direction parce que je n'ai pas réussi à me faire comprendre.»

À LA RECHERCHE DE SOI

Jean Béliveau venait de vivre un échec professionnel suivi d'une dépression lorsqu'il a décidé de «changer de musique», comme il dit.

«C'était peut-être aussi la crise de la quarantaine, je n'en pouvais plus du 9 à 5 et de la routine. J'étais juste prêt à faire une folie.»

Le marcheur pourrait sans doute revendiquer le titre de la plus longue marche sans interruption et s'inscrire dans le Livre des records Guiness, mais il ne le fera pas.

«Ce n'est pas pour ça que j'ai fait ça et ce serait injuste pour tous les marcheurs que j'ai rencontrés et qui le font sans le dire à personne.»

Jean Béliveau pense à un gourou qu'il a rencontré en Inde, qui était suivi par une demi-douzaine de disciples et qui marchait presque jour et nuit. «C'est un être humain passionnant, dit-il. J'ai calculé qu'il devait avoir marché au moins 200 000 km.»

DES MOMENTS DIFFICILES

Parti pour trouver un nouveau sens à sa vie, Jean Béliveau a bien failli tout abandonner en Afrique, il y a cinq ans.

Les traversées de déserts sont les épreuves les plus difficiles.

D'ailleurs, il se prépare déjà psychologiquement à traverser son sixième pendant des mois, dans la zone aride de l'Australie. Il devra probablement agrandir son chariot pour transporter plus d'eau.

En Éthiopie, puis au Soudan, il a failli tout abandonner. «À un moment donné, dit-il, tu casses.»

Son père était gravement malade et la maison lui manquait soudainement.

«Luce m'a dit: Tu peux revenir, c'est sûr qu'on va être contents de te revoir, mais au point où tu es rendu, pense aux enfants pour qui tu fais ça... et j'ai continué.»

Il a finalement raté les funérailles de son père. De même que la naissance de ses deux petits-enfants, lui qui a eu deux enfants d'une première union.

PLUSIEURS PETITES JOIES

En revanche, les joies sont courtes, mais nombreuses.

Jean Béliveau a couché dans près de 1300 familles depuis son départ et il a rencontré des gens inoubliables.

Il a aussi rencontré deux Prix Nobel de la paix, Nelson Mandela en Afrique du Sud et Kim Dae Jung en Corée du Sud.

Et puis, une fois par année, sa Luce vient le rejoindre quelque part sur la planète et c'est un moment de bonheur intense.

Sinon, ils communiquent par téléphone, par Internet ou par téléconférence sur Skype le reste du temps.

Jean Béliveau prévoit commencer à recueillir des fonds pour sa cause en rentrant au Canada par Vancouver, en mars 2011. D'ici là, il fait surtout de la sensibilisation à la cause qu'il a adoptée par des conférences et des entrevues qu'il donne.

Aux Philippines, par exemple, il a donné lieu à une marche pour la paix où un millier de personnes l'ont suivi sur trois kilomètres pour recueillir des fonds destinés aux enfants.

«Mon action suscite des réactions, dit-il. C'est un peu comme donner au suivant.»

On peut en apprendre davantage sur cette aventure sur le site Internet de Jean Béliveau: www.wwwalk.org.

Avez-vous été en bonne santé depuis le début de votre périple?

J'ai eu des bonnes grippes et quelques maux physiques. Deux fois seulement, j'ai été malade à cause de la nourriture. Je n'ai pas eu de maladies graves comme la malaria. En Chine, j'ai eu terriblement mal aux pieds et on m'a donné une orthèse en Corée, qui a corrigé le problème. En Algérie, j'ai été opéré de la prostate, gratis!

Comment fait-on pour rester en aussi bonne santé quand on ne choisit pas où on dort et ce qu'on mange?

Je dois dormir neuf heures par jour. J'essaie de manger des fruits et des légumes pour les minéraux et beau-coup de riz, c'est la base pour maintenir la masse musculaire. L'hygiène est très importante. Il n'y a que dans le désert, où l'eau est comme de l'or, où je n'ai pas pu me laver plus d'une fois par semaine.

Vous mangez ce qu'on vous offre la plupart du temps?

Heureusement, j'aime tout et je suis curieux. J'ai mangé des insectes en Afrique, des oeufs et leurs foetus aux Philippines, du chien en Corée et j'ai bu de la bière fermentée avec de la salive humaine au Pérou...

Vous êtes-vous retrouvé dans des zones dangereuses pour votre sécurité?

Je me suis naïvement trouvé au mauvais endroit quelques fois, où il y avait des lions ou des rebelles que je n'ai pas vus. Je n'ai été agressé physiquement qu'une fois - en Afrique du Sud - et ça s'est terminé assez rapidement. Ces gens-là ont été violentés si longtemps par les Blancs et par l'apartheid que c'est compréhensible...

Ailleurs en Afrique, des gens m'ont sorti d'un endroit où un Allemand avait été récemment dévoré par des hyènes. Je me suis réveillé quelques fois la nuit à cause d'animaux, une fois par une panthère en Malaisie et une autre fois par un ours au Japon. Huit pays m'ont offert une escorte policière, dont l'Égypte sur 800 km.

Dans quels pays avez-vous été le mieux accueilli?

C'est fou parce qu'il y a une espèce de sentiment antiaméricain à bien des endroits, mais les États-Unis ont été très accueillants. Ce qui me revient aussi à l'esprit, c'est le Guatemala, le Pérou, l'Irlande, le Mozambique, le Soudan, l'Iran et Bornéo, où j'ai dormi parmi d'anciens coupeurs de tête - qui en avaient encore comme des trophées dans leur maison.

J'ai dû passer par-dessus la Colombie, qui était un pays trop dangereux à l'époque, et la Libye, où on ne m'a pas accordé de visa.

Qu'allez-vous faire à votre retour au Québec?

Je vais commencer par aller voir un psychiatre! Sans blague, c'est la famille qui sera ma priorité. J'ai des projets d'édition, des projets de conférence. J'ai subi plusieurs chocs culturels depuis mon départ, mais celui qui me fait le plus peur, c'est celui du retour au Québec.





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