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Relations internationales

Le nouveau désordre mondial


04/09/2008 04h00 - Mise à jour 04/09/2008 12


Le 8 août, la Chine paradait à Pékin lors de l’ouverture des Jeux olympiques alors que la Russie répliquait à Tbilissi et bombardait la Géorgie. Faut-il y voir le réveil des autocraties, s’interroge cette semaine Courrier International.

«Moscou a joué, semble-t-il, le tout pour le tout en endossant le rôle de fossoyeur du système des relations internationales – déjà largement dégradé – qui prévalait encore dans le monde à l’issue de cette deuxième décennie d’après la guerre froide», rappelle l’intellectuel Fiodor Loukianov dans l’article qui ouvre le dossier de «une» de Courrier International cette semaine. Pour lui, «on peut imaginer plusieurs raisons qui ont poussé le Kremlin à bousculer les choses et à renoncer aux scénarios qui étaient encore valides il y a deux semaines. Premièrement, les dirigeants russes –comme l’écrasante majorité de la population – ont été choqués par l’ampleur et le caractère unanime du soutien accordé à Mikheïl Saakachvili par l’Occident. Moscou ne comprend pas comment l’Europe et les États-Unis ont pu prendre si chaleureusement le parti d’un individu coupable de crimes de guerre et foulant aux pieds toutes les valeurs dont ne cesse de se réclamer le "monde civilisé". Deuxièmement, il a semblé évident qu’il serait impossible de faire entériner sur le plan politique ce qui avait été obtenu par la force des armes. L’action de la Russie n’a rencontré aucune compréhension dans le monde (pas seulement occidental), et, à l’ONU, Moscou s’est heurté à un refus concerté d’inclure dans la résolution du Conseil de sécurité les "six points" [du plan Sarkozy-Medvedev signé le 12 août], plus avantageux pour la partie russe.»

Aux États-Unis, on est également prêt à admettre que les choses ont changé. L’influent penseur néo-conservateur Robert Kagan estime néanmoins que Washington continue d’être l’acteur le plus influent du système mondial, même s’il devra apprendre à composer avec d’autres puissances désormais capables de se faire entendre. «Le monde ne connaîtra pas une nouvelle lutte idéologique du genre de celle qui a dominé la guerre froide. Mais cette nouvelle ère, loin d’être un âge de "valeurs universelles", se distinguera par des tensions croissantes, parfois même par des affrontements entre les forces de la démocratie libérale et celles de l’autocratie. Les États-Unis ont-ils la force d’être à nouveau le fer de lance des démocraties en vue de promouvoir un ordre international libéral? La réponse reste assurément oui. Leur apparent échec en Irak a convaincu nombre d’observateurs que les États-Unis étaient faibles, détestés et en déclin. Pourtant, selon les critères habituels, ils sont aussi forts qu’en l’an 2000, même en termes relatifs. La puissance militaire des Chinois et des Russes s’est accrue ces dix dernières années, mais moins que celle de l’Amérique. Avec 27% du PIB mondial en 2000 et 26% aujourd’hui, la part des États-Unis dans l’économie mondiale est restée stable. Où est donc ce fameux déclin? Tant que les États-Unis sont au cœur de l’économie internationale et qu’ils restent la principale puissance militaire et le meilleur apôtre de la philosophie politique la plus prisée au monde, tant que l’opinion américaine continue de soutenir la prédominance américaine, comme elle le fait depuis soixante ans, et tant que ses rivaux potentiels inspirent davantage de crainte que de sympathie chez leurs voisins, le système international restera tel que le décrivent les Chinois – "une superpuissance et de nombreuses grandes puissances".»

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