Sarko entouré de «connards»

Politique - Sarko entouré de «connards»

Le président français est sorti des rangs cette semaine alors que les têtes dirigeantes du G8 s'apprêtaient à prendre la pose pour une photo de groupe à Toyako, dans le nord du Japon.© Journal de Montréal

Isabelle Maher
Journal de Montréal

Lors de conversations privées, Nicolas Sarkozy se dit entouré de «connards». Ce genre de déclarations se multiplie pour le président français, mais chez nous aussi des politiciens au style plus «décontracté» font leur apparition, observent des experts. Erreur ou tendance?

Nicolas Sarkosy n'a pas confiance en son entourage politique, regarde des DVD un jour sur deux avec son épouse Carla Bruni et trouve que «tout est faux» chez le premier ministre français François Villon.

Ces propos à micro fermé lancés ici et là par le président de la République lors d'occasions officielles, de voyages en avion ou de soupers au restaurant, ont été rapportés au magazine Le Point.

Dans son dernier numéro, l'hebdomadaire a fait le choix de les publier pour, lit-on, révéler une partie de l'ombre de celui qui dirige la France.

Déclarations accidentelles?

Les Français, qui n'ont pas l'habitude d'un président qui fait preuve d'aussi peu de retenue, ont peut-être élu un politicien dont le style s'inscrit dans une nouvelle tendance, croit Luc Dupont, spécialiste des médias et de l'image.

«Sarkozy n'est pas un amateur. Je refuse de croire que ses déclarations sont des accidents», pense-t-il.

«On demande aux politiciens de délaisser la langue de bois, peut-être devrons-nous nous habituer à des politiciens qui dérogent de leur cassette et à entendre des choses qui peuvent surprendre», ajoute le professeur de Communications de l'Université d'Ottawa.

Citant les exemples de Barak Obama qui a avoué qu'il n'était pas parfait et d'un Bill Clinton qui a déjà confié qu'il devait perdre du poids, le spécialiste avance que ces approches plus risquées peuvent être de plus en plus utilisées.

«Plus près de nous, le maire de Québec Régis Labeaume et l'aspirant maire de Montréal ont adopté ce style. Ça s'inscrit peut-être dans une tendance mondiale.»

Baisse dans les sondages

«Cette volonté de créer un niveau de proximité avec les médias est très dangereuse», juge Yves Dupré, spécialiste des communications.

«C'est faire de la politique en marchant sur une lame de couteau», résume-il.

Dans les faits, cette stratégie semble peut-être encore trop avant-gardiste pour le président Sarkozy qui, selon un récent sondage, mécontente 60% des Français.

«Toutes ces incartades se traduisent par une baisse de popularité. Les gens n'acceptent pas ça», conclut-il.

Les propos Off the record du président Sarkozy

«Je vois des connards toute la journée. T'imagines pas les connards que je vois.»

«En 2012, j'aurai 57 ans, je me représente pas... ensuite je pars faire du fric, comme Clinton à 150 000 euros la conférence!»

Au sujet de François Fillon, premier ministre français: «Je peux pas le supporter.»

«Je suis entouré de charlots (clowns, des gens qui ne sont pas sérieux) à l'Élysée.»

«Je ne fais confiance à personne ici. Ce sont tous des nuls. Je prends mes conseils à l'extérieur.»

«Il faut que je fasse tout moi-même, sinon ça foire.»

«Je suis celui qui doute le plus de moi-même.»

Au sujet de Napoléon: «Il a tout raté...»

À la blague: «Depuis mon mariage avec Carla, je suis enfin devenu riche.»

«On n'est pas beaucoup à occuper la scène en ce moment... Il n'y a que moi. Partout on fait des couvertures sur moi. S'il y a Obama, au moins, ça soulagera.»

«Gouverner est plus facile que de conquérir le pouvoir.»

À un petit groupe de journalistes: «Écoutez les amis, on est entre nous, vous êtes comme moi, on fait de la politique donc on se dit tout. J'espère que ça ne finira pas dans la presse.»

«Quand je ne serai plus là, vous les journalistes vous direz: Ah, c'était le bon temps quand il était là! Au moins, on avait des choses à dire!»


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