Littér@ture

Marc-Olivier Bherer


Après le cinéma, la photographie et la musique, est-ce au tour du livre d’entrer dans la révolution numérique? L’usage d’Internet et des nouvelles technologies oblige à repenser les pratiques d’écriture, d’édition et de lecture. Courrier International traite cette semaine de ce sujet dans son dossier de couverture.

«La fiction littéraire, ce genre qu’on dit démodé et élitiste, continue de trouver un vaste lectorat. Cette résilience du livre n’est guère surprenante au vu des avantages qu’il présente comme moyen de divertissement : on peut l’emporter avec soi, le lire au lit, feuilleter ses pages dans tous les sens, sans avoir à se soucier d’une batterie qui se décharge ou d’une défaillance électronique. On s’intéresse moins, en revanche, au livre comme source d’information.

Dans ce domaine, les nouvelles technologies ont une incidence considérable sur les modèles traditionnels de l’édition. Les ventes de dictionnaires et de guides pratiques ont chuté de 40% depuis 2003, et la demande faiblit également pour les cartes, atlas et encyclopédies», remarque le mensuel britannique Prospect, dans un article qui ouvre le dossier de Courrier International sur l’avenir du livre à l’ère numérique.

Cette baisse n’est que le début des changements qui attendent la diffusion du livre, poursuit Prospect. «La numérisation de l’écrit est la plus grande révolution à l’œuvre dans l’édition, mais pas tant parce qu’elle permet la lecture à l’écran. A l’heure actuelle, environ 150 000 nouveaux titres paraissent chaque année en Grande-Bretagne, et ce chiffre est en progression.

Beaucoup de ces ouvrages ne sont destinés qu’à un public extrêmement ciblé. Pourtant tous sont imprimés sur papier, reliés, expédiés dans des entrepôts puis aux librairies – avant d’en repartir très souvent pour aller au pilon. C’est une activité qui implique beaucoup de gaspillage, mais jusqu’ici c’était le seul moyen d’assurer la variété qui fait la prospérité de l’édition. Mais ils vont chercher de nouvelles façons de diffuser ces titres.

Les technologies d’impression à la demande sont en passe ¬d’atteindre un niveau de qualité qui permettra aux lecteurs de demander que des livres soient imprimés spécialement pour eux et de les obtenir en quelques minutes, le temps d’une courte attente dans une librairie. Une évolution qui pourrait bien sonner le glas des gros libraires aux stocks importants, qui sont déjà à la peine.»

La manière d’écrire des auteurs est aussi en train de changer. Les écrivains avaient déjà délaissé leur plume pour la machine à écrire. Ils utilisent maintenant l’ordinateur et les chemins de la création passent désormais par divers logiciels, comme l’explique Rachel Donadio, journaliste à The New York Times Book Review.

«“Plus la vie réelle se complexifie, plus il devient difficile de coordonner les romans qui s’efforcent de faire un lien entre le vécu individuel et le cadre bien plus vaste de la vie collective”, me confie Richard Powers dans un message électronique qu’il a dicté à son ordinateur. Powers, en effet, utilise un logiciel de reconnaissance vocale intégré à son Tablet PC dès qu’il a quelque chose à écrire, y compris ses romans. Les logiciels, ajoute-t-il, permettent aux romanciers de “construire des visions denses et étroitement liées au monde qu’elles recréent”.»

«Ancien programmeur, Powers considère la technologie comme une alliée autant que comme un thème. Son roman Galatea 2.2, paru en 1995 [non traduit en français], est l’histoire d’un scientifique qui tente de créer un ordinateur doté d’une véritable conscience humaine et capable de lire – et de comprendre – des oeuvres littéraires. Depuis dix ans, Powers se sert d’un programme du nom un peu barbare de Mindjet MindManager, qui élabore des arborescences tentaculaires.»

Cette semaine dans le Courrier International

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