«Nous avons été victimes d'attaques, alors il serait faux de prétendre que la chance n'a rien à voir là-dedans», concède le colonel Nicolas Eldaoud quelques heures avant son départ de Kandahar.
Le colonel Eldaoud a commandé ces derniers mois l'Élément de soutien national. Autrement dit, la logistique. «J'étais le DG de la ville», résume-t-il.
La logistique est un élément essentiel lors d'une guerre. Cette unité a la lourde responsabilité de ravitailler les soldats sur le terrain, des vêtements à la nourriture en passant par les munitions. Elle doit aussi rapatrier les véhicules brisés.
Il ne se passe pas une journée sans qu'un de ces convois ne parcoure les dangereuses routes afghanes.
Environ 240 missions
Les Canadiens courent un risque plus élevé que la plupart des autres troupes de l'OTAN ici parce qu'ils ne disposent de pratiquement aucun moyen aérien.
Les militaires de l'ESN de Valcartier auront effectué environ 240 missions. Pendant cette rotation, qui s'est étalée d'août à février inclus, chaque véhicule a parcouru environ 145 000 km. Sachant que chaque convoi comprend une dizaine de véhicules, le calcul donne plus de 1,450 million km.
Un minimum puisque l'ESN compte plus de dix véhicules, mais refuse d'en communiquer le nombre exact. «Secret opérationnel.»
Cinq soldats sont revenus au pays grièvement blessés. Assez pour recevoir un «galon de blessé». Une distinction honorifique sera remise à plus d'une soixantaine d'autres. Bilan qui aurait pu être plus tragique.
«Le secret, hormis le grain de chance, c'est l'entraînement et la confiance en son équipement», estime le colonel Eldaoud.
Un mois de repos
Après un mois de repos, le colonel Nicolas Eldaoud va diriger le 202e dépôt d'atelier à Montréal. C'est là que sont réparés tous les équipements légers et lourds brisés en Afghanistan.
Lorsqu'il verra arriver un blindé détruit par une bombe artisanale, le colonel Eldaoud saura trop bien le drame vécu derrière ces tôles brisées.
«Je sens que cela va être un souvenir douloureux», estime-t-il.
Avant de quitter Kandahar, il a eu ces paroles à l'intention des soldats tout juste débarqués de l'Ouest canadien :
«Acceptez le risque, mais ne prenez pas de chance.»
De nouveaux camions de transport Mercedes blindés en usine sont livrés à Kandahar. Ils vont remplacer les véhicules classiques sur lesquels on avait posé des blindages, ce qui les rendait plus lourds.