Le grand bazar de l’humanitaire

Dernière mise à jour: 15-11-2007 | 14h54


Depuis l’intervention des «French doctors» au Biafra, il y a quarante ans, les ONG n’ont cessé de gagner en influence en Afrique. Elles interviennent – souvent sans contrôle – là où les États ne peuvent agir. Avec «l’affaire de L’Arche de Zoé», le regard des Africains a changé, constate cette semaine Courrier International dans son dossier de «une».

Bernard Kouchner, le ministre français des Affaires étrangères, est sans doute l’un des humanitaires les plus connus de la planète. Il s’engage dès la fin des années 60 dans cette voie lors d’une mission au Biafra, ce qui lui vaut rapidement son surnom de French Doctor. Militant acharné du «droit d’ingérence», il voit ce principe se retourner contre lui quelques mois après son entrée en fonction aux affaires étrangères.

Le 25 octobre, six Français membres de L'Arche de Zoé ont été arrêtés au Tchad, alors qu'ils s'apprêtaient à emmener vers la France 103 enfants âgés d'un à dix ans, présentés par l'ONG (organisation non-gouvernementale) comme des «orphelins du Darfour». Cette action privée, menée au mépris des lois, mais avec une étrange collaboration de l’État français, montre les dérives de certaines ONG menées par de soi-disant bonnes âmes. La presse africaine est indignée.

«Les négriers sont de retour en Afrique», écrit ainsi le quotidien algérien L’Expression, repris par Courrier International. «Ils ne viennent plus par mer. Ils ne débarquent plus l’arme au poing pour semer la terreur dans le village. Aujourd’hui, ils ont un stéthoscope dans une main et des bonbons dans l’autre. Comme ceux de L’Arche de Zoé, qui ont été à deux doigts d’embarquer 103 enfants au Tchad pour une destination, la France, sur laquelle on commence à avoir des doutes tant l’embrouille est manifeste. Ainsi, les négriers du troisième millénaire se présentent sous des aspects d’ONG à but humanitaire: 103 enfants âgés de 3 à 5 ans vendus «sur plan» 6000 euros pièce à des acheteurs.»

Le système ONG lui-même en vient à être critiqué. Le site internet mauritanien Cridem tire à boulets rouges sur l’Occident et ses bonnes intentions. «Depuis plus de quarante ans, le continent africain est considéré comme un champ d’expériences humanitaires où tous les coups, nobles ou bas, sont permis pour atteindre des objectifs inavoués. D’année en année, les organisations humanitaires de bonne ou de mauvaise foi se multiplient à travers une Afrique où les populations s’entre-tuent, où la misère, renforcée par le déséquilibre des échanges commerciaux internationaux, fait ravage au même titre que le sida, le paludisme et autres épidémies mortelles. Les Occidentaux, qui sont le plus souvent complices du malheur du continent en soutenant des dictateurs sans scrupule ou en provoquant des guerres pour défendre leurs intérêts, voient dans cette situation on ne peut plus regrettable de l’Afrique le moyen d’expérimenter leurs fantasmes humanitaires.»

Face à ce nouveau far-west humanitaire, une institution reste toujours digne de confiance et nécessaire à l’Afrique, l’ONU, estime le quotidien The East African. «L’ONU y mène actuellement six opérations de maintien de la paix. L’ONU a déjà effectué un nombre impressionnant d’opérations sur le continent noir. Au total, près de 74 000 casques bleus ont essayé de nous empêcher de nous entre-tuer. Si l’on compte les casques bleus et tous les autres programmes des Nations unies (FAO, UNICEF, OMS, PNUD, etc.), le personnel des Nations unies présent en Afrique doit représenter le double de la population de São Tomé et Príncipe, qui compte 193 000 habitants. L’Afrique est bel et bien devenue un protectorat des Nations unies.»

Cette semaine dans le Courrier International

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