Une victime raconte

David Santerre
Le Journal de Montréal

Pour la première fois depuis le début du procès du présumé criminel de guerre Désiré Munyaneza, une femme a juré avoir été personnellement victime de l'accusé. Il l'aurait violée à quatre reprises.

Jusqu'à maintenant, les deux premiers témoins, de jeunes Rwandaises que l'on ne peut identifier que par leurs codes, C-15 et C-16, ont raconté les pires horreurs au sujet de Munyaneza, accusé de génocide, crimes de guerre et contre l'humanité.

Mais tout ce qu'elles lui reprochaient, elles disaient l'avoir vu, mais ne jamais avoir été touchées par Munyaneza.

Hier, c'est un tout autre récit que réservait au tribunal C-17, une jeune Tutsie qui avait 20 ans lors du génocide de 1994.

Comme des dizaines de Tutsis désespérés et chassés par les milices hutues, C-17 s'était réfugiée à la préfecture de Butare.

Un bien piètre refuge selon elle car chaque jour, des attaques étaient menées contre les Tutsis, souvent dirigées par Désiré et un dénommé Shalom.

D'après elle, on y faisait monter des Tutsis dans des camions blancs tachés de boue et de sang, et on les amenait.

«Ils prenaient les hommes pour les tuer et les femmes et les filles pour les violer», affirme C-17.

«Mon ami, prends-la»

Elle-même jure avoir été violée à quatre reprises par Munyaneza.

«La première fois, on dormait sur le sol devant la préfecture. Il est venu avec des interhamwes. Un d'eux m'a agrippée et m'a poussée vers Désiré en lui disant: Désiré mon ami, prends-la», se remémore-t-elle.

Il l'aurait alors amenée dans une vieille bicoque au toit écroulé, près de là.

«Il m'a déshabillée, m'a couchée sur le sol, et il a fait ce qu'il voulait. Après, je suis retournée me coucher», a-t-elle poursuivi.

Et il aurait répété ces gestes inqualifiables à trois reprises.

«La quatrième fois, il m'a dit c'est la dernière fois, tu ne me verras plus, d'autres feront ça à ma place», a dit C-17, avant d'ajouter que «ceux qui sont morts sans vivre ça sont chanceux».

Questionnée par la procureure de la Couronne fédérale, Me Pascale Ledoux, C-17 a indiqué qu'elle ne résistait pas à Désiré.

«Les Tutsis n'étaient pas en position de résister», a-t-elle expliqué.

Viols répétés

Elle a en outre indiqué avoir vu Désiré violer deux autres femmes, dont une qu'il a réveillée alors qu'elle dormait avec son bébé, et une autre, appelée Alphonsina, que les deux témoins précédents ont aussi identifiée comme victime de l'accusé.

Un calvaire qui a perduré jusqu'à sa libération, une fois amenée avec d'autres Tutsis à la forêt de Rango, où les interhamwes avaient convenu de leur laisser la vie sauve, «pour que l'humanité se souvienne à quoi ressemble un Tutsi», a-t-elle conclu.


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