Votre appel est important pour nous

Liban - Votre appel est important pour nous

Deux ambulanciers de la Croix-Rouge inspectent les ruines d'un bâtiment détruit par des missiles israéliens dans la ville de Tyr, au sud du Liban.Photo AP

Jessica Nadeau
Le Journal de Montréal

Alors que la situation dégénère à un rythme infernal au Liban, l'ambassade canadienne n'arrive toujours pas à offrir un service décent à ses ressortissants.

«Si vous téléphonez du Liban, ou au sujet de proches ou d'amis canadiens présentement au Liban, veuillez composer le 1... Votre appel est important pour nous.»

Le Journal de Montréal a donc tenté de vérifier le temps qu'il fallait à un ressortissant canadien pour joindre quelqu'un à l'ambassade canadienne à Beyrouth. Conclusion? Des délais inacceptables.

Une heure et demie d'attente

Quand on est assis confortablement dans un bureau climatisé, l'attente d'une heure trente n'est pas dramatique. Mais au milieu des bombes, alors que la moitié des lignes téléphoniques sont détruites, peu de gens ont le loisir de patienter gentiment pour savoir enfin comment on les délivrera de cet enfer.

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    Écoutez un extrait (15 minutes) de l'appel téléphonique de la journaliste à l'ambassade canadienne de Beyrouth.

«C'est inadmissible, soutient Hassan Yari, directeur du département des sciences politiques et économiques du Collège militaire de Kingston, qui n'a pas hésité à répondre par l'affirmative lorsquele Journal lui a demandé si le Canada "avait l'air fou".

«Imaginez, vous êtes en situation de détresse énorme, vous entendez les bombardements, vous êtes réfugié dans un sous-sol ou un coin éloigné où l'accès au téléphone n'est pas évident, et il faut en plus avoir un téléphone avec la recomposition automatique d'appel pour avoir une chance d'obtenir la ligne. C'est surréaliste!»

L'art de tourner en rond

Comme le volume d'appel est énorme - on parle d'environ 6 500 appels depuis jeudi -, on demande aux Canadiens du Liban de s'inscrire auprès de l'ambassade... par courriel.

Une situation qui, selon M. Yari, va à l'encontre de toute logique dans un pays détruit où l'accès à Internet est déjà limité.

Le Journal a donc testé également cette méthode, envoyant un courriel signé par une Québécoise coincée près de Beyrouth et qui souhaite rentrer au pays. La réponse est venue deux heures plus tard et, comble de l'ironie, répétait textuellement l'avis aux Canadiens au Liban qu'on pouvait lire sur le site Internet et nous renvoyant, pour urgence, au téléphone ou à l'adresse de messagerie déjà utilisée pour les contacter une première fois.

Du côté des Affaires étrangères à Ottawa, on n'a pas réagi à ces délais inadmissibles. se bornant à répéter que les employés travaillent nuit et jour et que les ressortissants canadiens au Liban seront avertis dès que l'ambassade aura des plans spécifiques.

  • Selon le ministère des Affaires étrangères, environ 50 000 Canadiens se trouveraient au Liban, mais la plupart d'entre eux ont la double nationalité et y vivent en permanence.
  • Environ 5 000 Canadiens seraient actuellement en visite au Liban et les fonctionnaires s'attendent à ce que la majorité des réfugiés proviennent de ce groupe.
  • Quarante agents du ministère des Affaires étrangères du Canada ont été déployés à partir d'Ottawa à Chypre et dans les environs.
  • À midi lundi, les fonctionnaires des Affaires étrangères avaient répondu à 6 463 appels et 4 600 courriels depuis jeudi dernier.

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