Pas assez compétents

Sébastien Ménard
Le Journal de Montréal

Les profs québécois ne sont pas assez formés et c'est pourquoi la fameuse «réforme de l'éducation» ne fonctionne pas chez nous, tranche un expert finlandais.

«Quatre ans d'université, comme chez vous, ce n'est pas suffisant pour être un bon professeur», estime le doyen de la Faculté des sciences de l'Éducation de l'Université d'Helsinki, Matti Meri.

Maîtrise ou doctorat

En Finlande, tous les enseignants sont tenus de posséder au moins une maîtrise pour travailler dans une école. Plusieurs d'entre eux poussent même leurs études jusqu'au niveau du doctorat.

Il leur faut donc compléter un minimum de cinq années de spécialité, à l'université, avant de pouvoir donner leur première leçon.

«Les enseignants n'ont pas seulement besoin d'apprendre la recette leur permettant de transmettre des connaissances, dit Matti Meri. Ils doivent aussi développer leur aptitude à penser.

«Si on parle de professeurs qui travaillent auprès des adolescents, par exemple, ils doivent être capables de réfléchir comme ces jeunes-là, pour savoir comment bien leur inculquer le savoir», explique-t-il.

Des supers profs

En plus des enseignants réguliers, l'Université d'Helsinki forme chaque année 75 «super profs», des pédagogues hyper-qualifiés, capables de régler à peu près tous les problèmes d'apprentissage imaginables.

Ceux-ci complètent un minimum de six années d'études universitaires avant d'entrer en fonction.

Matti Meri est un ardent défenseur du socioconstructivisme, cette idéologie qui sous-tend la réforme de l'éducation que le Québec tente - avec peu de succès - d'implanter depuis déjà plusieurs années.

Contrairement à ce qui s'observe chez nous et en Suisse, notamment, la Finlande a grandement profité de ce changement de cap, qui a éliminé les notes dans les bulletins et qui a transformé le prof en «accompagnateur».

Une question d'attitude

«C'est une des raisons pour lesquelles nos élèves performent aussi bien dans toutes les épreuves internationales, dit M. Meri. Ici, personne n'a de doute là-dessus.»

À son avis, le succès de cette réforme réside essentiellement dans l'attitude des profs.

«Trop souvent, lorsque je visite des écoles dans d'autres pays, je remarque que les enseignants connaissent la technique pour transmettre leur matière, mais ils ne l'adaptent pas aux jeunes qui se trouvent devant eux.

«Or, tant en Suisse que chez vous, je pense qu'il y a un problème au niveau de la compétence des enseignants pour faire ce travail adéquatement», avance l'expert.

MAÎTRES ET DOCTEURS

Scolarité exigée pour enseigner au primaire ou au secondaire :

Au Québec : baccalauréat spécialisé de 4 ans en enseignement

En Finlande : maîtrise en enseignement (5 ans de spécialité), maîtrise en enseignement avancé (6 ans de spécialité) ou doctorat

  • Aux prises avec une pénurie d'enseignants qualifiés, le gouvernement du Québec a accordé des dérogations afin de permettre à 716 personnes d'enseigner, l'an dernier, même si elles ne possédaient pas la formation minimale. En Finlande, le manque de profs n'est pas un problème.

    smenard@journalmtl.com


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