«Tout le monde veut devenir enseignant»

Sébastien Ménard
Le Journal de Montréal

Alors qu'au Québec 20 % des profs démissionnent avant d'avoir accumulé cinq années d'ancienneté, en Finlande «tout le monde veut devenir enseignant», même si le salaire n'est pas très alléchant.

À l'Université d'Helsinki, les candidats se bousculent littéralement aux portes afin d'obtenir une des rares places disponibles à la maîtrise en enseignement.

Uniquement pour le programme de formation des profs du primaire et du secondaire, l'institution a reçu 1 500 candidatures, l'an dernier. Or, elle n'avait que 150 places à combler.

«Il y a certains faits historiques qui expliquent cet engouement pour le travail de prof», raconte le doyen de la Faculté des sciences de l'Éducation, Matti Meri.

«Au milieu du 18e siècle, lorsque la Finlande faisait partie de l'empire russe, elle a obtenu le droit de développer son propre système d'éducation. Le pays a saisi cette chance, car ça lui permettait d'affirmer son indépendance.»

«Depuis ce temps, les professions reliées à l'éducation ont toujours été très valorisées par la société.»

Pas de décrochage de profs

Malgré les longues études qu'ils doivent compléter, les enseignants finlandais sont moins bien payés que ceux du Québec, selon le plus récent classement établi par l'OCDE. (voir encadré)

Cela n'est toutefois pas suffisant pour décourager des profs ou provoquer des départs, assure Matti Meri.

«Il n'y a pas de problème de décrochage chez nos enseignants, dit-il. Lorsqu'on sélectionne ceux qui accompliront ce travail, on choisit d'abord des individus qui sont prêts à faire des sacrifices.

«Une fois qu'ils nous ont démontré leur volonté d'emprunter cette voie, on s'assure de bien les préparer à tout ce qui peut les attendre sur le terrain. Ils sont formés pour détecter et régler tous les problèmes d'apprentissage et de discipline.

Mal payés mais résignés

«Quand ils obtiennent leur diplôme, ils savent que c'est pour la vie, dit M. Meri. La société a défrayé le coût de leurs études et a beaucoup d'attentes envers eux.»

Pour Anu Siikaniva et Jaakko Hilppö, deux étudiants qui sont sur le point de devenir enseignants, le maigre salaire offert aux profs finlandais n'est pas un facteur de découragement.

Un rôle important

«Évidemment, la paie n'est pas aussi bonne que dans d'autres métiers exigeant un niveau de formation comparable, mais ce n'est pas ce qui fait qu'on choisit cette carrière», estime Jaakko, 26 ans.

«Je serais plus riche si j'avais étudié en économie, lance-t-il, mais ce ne serait pas aussi excitant. Ici, en Finlande, le rôle des professeurs est vu comme quelque chose d'important et c'est ce qui me plaît.»

La dernière grève des enseignants finlandais remonte au début des années 1990. Ils revendiquaient alors des augmentations de salaire substantielles, qu'ils ont obtenues en partie.

PLUS PAYANT AU QUÉBEC

Québec, 4 ans de spécialité universitaire

  • Salaire de base 36 400 $
  • Après 15 ans 50 000 $
  • Maximal 63 000 $

    Finlande, 5 ans et + de spécialité universitaire

  • Salaire de base 31 000 $
  • Après 15 ans 42 500 $
  • Maximal 44 000 $

    smenard@journalmtl.com


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