Zéro bureaucratie

Sébastien Ménard
Le Journal de Montréal

Pour donner un coup de pouce à ses écoliers, la Finlande ne cesse de sabrer dans la bureaucratie. Et ça fonctionne.

Oubliez les comptes de dépenses exorbitants des commissaires d'école et le millier de fonctionnaires du ministère de l'Éducation du Québec.

Contrairement à nos écoles, tous les établissements de la Finlande sont sous la juridiction des municipalités. Les commissions scolaires n'existent pas.

En plus de s'occuper de la voirie, des loisirs et de l'évaluation foncière, les Villes ont la responsabilité de l'éducation. Ce sont elles qui paient les profs et assurent le fonctionnement des immeubles consacrés à l'enseignement primaire et secondaire.

Les directeurs d'école finlandais ont un rôle beaucoup plus important que leurs vis-à-vis québécois.

Ils recrutent eux-mêmes les enseignants qui travaillent dans leur institution, en recevant les c.v. des candidats potentiels et en leur faisant passer des entrevues.

Ils ont également une grande discrétion quant à la façon dont est investi le budget de leur établissement. À l'école secondaire Jakomäki d'Helsinki, le directeur Anti-Pekka Ihalaien a le feu vert pour dépenser 3,9 M$ comme bon lui semble, cette année.

«Cette liberté me permet de répondre aux problèmes spécifiques de mon école, confie-t-il. Je ne suis pas enfermé dans un carcan. Je peux aider tous les jeunes qui en ont besoin en leur offrant des ressources pointues chaque fois que c'est nécessaire.»

Avec ce budget, M. Ihalaien achète aussi des livres neufs pour la bibliothèque et des manuels pédagogiques qui répondent aux exigences de son équipe de profs.

Abolition des commissions scolaires

Le régime minceur imposé à la bureaucratie scolaire finlandaise a débuté en 1985 avec l'abolition des «gouvernements de comtés». Ces entités avaient alors la responsabilité de déterminer le budget des écoles et de dresser des plans de réussite. Un peu comme les commissions scolaires du Québec.

«On a sauvé des millions de dollars en abolissant ces structures inutiles et ça nous a permis de réinvestir de l'argent pour venir en aide aux jeunes en difficulté. C'est ce qu'il fallait faire», estime le doyen de la faculté des sciences de l'éducation de l'université d'Helsinki, Matti Meri.

Celui-ci est convaincu que la réduction de l'appareil administratif a contribué au succès des élèves finlandais, qui sont les meilleurs du monde, selon l'OCDE.

À l'heure actuelle, moins de 400 employés travaillent au ministère de l'Éducation de Finlande.

«Si on recule de dix ans, il y avait quatre fois plus de fonctionnaires qu'aujourd'hui, dit Matti Meri. Or, je sais très bien ce que ces personnes font comme travail. Elles font en double ce qui se fait déjà dans les écoles !» s'indigne-t-il.

Au Québec, plus de 1 500 personnes oeuvrent au ministère de l'Éducation.

«La seule raison pourquoi les fonctionnaires existent encore dans le milieu scolaire, c'est qu'ils ont un statut très important qui leur permet de signer des documents, dénonce M. Meri. Big deal !»

smenard@journalmtl.com


Vidéos

Photos