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cherche à répondre à la question
suivante : de tous les élèves qui
sont entrés en 1re
année secondaire
au cours d’une année donnée (et
qui sont désignés comme étant une
cohorte, par exemple, la cohorte
2000), quelle proportion va obtenir
un premier diplôme à la fin de la
année secondaire, donc après cinq
ans en 2005 ? Le premier diplôme
dont il s’agit, c’est évidemment le
diplôme d’études secondaires
(DES), ou un diplôme d’études professionnelles.
Comme tous les
élèves ne réussissent pas du premier
coup, on va aussi établir la
proportion de diplômés six ans et
sept ans après l’entrée en
1re
secondaire.
Il ne s’agit que des jeunes ;
on ne tient pas compte des adultes
de plus de 20 ans.
Pour l’ensemble du Québec, le
nombre de diplômés après cinq ans
représente, en 2007, 59% de la cohorte
de 2002. En somme, moins de 60%
de tous ceux et celles qui étaient en-
trés en
1re
secondaire vont avoir leur
diplôme en cinq ans. C’était un peu
plus élevé (61%) pour les cohortes
de 2000 et 2001, mais le même niveau
pour celle de 1999. Tout est compté:
l’enseignement privé, public, anglais
et français. Il n’y a donc que trois
jeunes Québécois sur cinq qui suivent
le cheminement régulier de
leurs études secondaires.
Continuons. Nous savons tous que
les résultats sont meilleurs dans
l’enseignement privé que public. Ça
s’explique, puisque l’enseignement
privé peut choisir ses élèves, alors
que l’enseignement public ne le
peut pas. De la cohorte 1999, 55
des élèves du secteur public ont eu
leur diplôme après cinq ans, contre
80 % des élèves du privé. Pour ce qui
a trait à la plus récente des cohortes,
celle de 2002, l’écart s’agrandit
encore, 53 % contre 83 %. C’est
proprement effrayant. Mais ce n’est
pas fini. Les chiffres dont je viens
de faire état indiquent les résultats
des élèves anglais comme français.
Il faut maintenant distinguer les ré-
sultats des deux groupes, en tenant
compte dans les deux cas des secteurs
public et privé. Dans la cohorte
1999, 59% des élèves francophones
obtiennent leur premier diplôme
après cinq ans, contre 70% des
élèves anglophones. Dans le cas de la
cohorte 2002, les chiffres correspondants
sont de 58% et 69%.
En lui-même, cet écart n’est peutêtre
pas significatif. En vertu de la
loi 101, les enfants d’immigrants doivent
être inscrits dans le secteur
francophone. L’apprentissage du
français peut, peut-être, expliquer
une partie de l’écart. Poursuivons
dans le secteur public. Poursuivons
notre démonstration.
On n’a pas tenu compte jusqu’ici de
la disparité entre garçons et filles.
On sait que les filles obtiennent de
meilleurs résultats, ici comme dans
bien d’autres pays. Nous allons dans
ce cas-ci tenir compte du taux de diplomation
après cinq ans d’études,
après six ans et après sept ans. Peutêtre
l’écart entre garçons et filles
diminue-t-il avec le temps ? On ne
retient du rapport du ministère de
l’Éducation que les résultats dans le
secteur public.
On le voit, le temps n’y change pas
grand-chose, l’écart est à peu près
constant. Ces chiffres mêlent cependant
les résultats des réseaux français
et anglais. Pour les distinguer,
j’ai refait le même tableau pour la
Commission scolaire de Montréal
et pour la Commission scolaire
English-Montréal. (ci-contre)
Après cinq ans, selon le cheminement
normal des études, à peine plus
du tiers des garçons ont obtenu leur
premier diplôme (le chiffre exact est
de 35,6%). Après sept ans, le nombre
de garçons diplômés n’a pas encore
atteint la moitié de la cohorte.
Voici les taux correspondants pour
la Commission scolaire English-Montréal.
Le taux de diplomation après cinq
ans des garçons anglophones est
presque deux fois plus élevé que celui
des garçons francophones.
Après sept ans, comme nous l’avons
vu, plus de la moitié des garçons
francophones n’ont toujours pas de
diplôme, contre à peine plus de 20
des élèves anglophones.
Un écart aussi prodigieux seraitil,
comme je l’ai souligné plus haut,
un effet pervers de la loi 101 ? Non.
J’ai compté 13 commissions scolaires
où le taux de diplomation des
garçons après cinq ans est inférieur
à 40 %. Dans la région des
Laurentides, des quatre commissions
scolaires, trois affichent des
taux inférieurs à 40 %.
En fait, nous sommes simplement
confrontés à une situation scandaleuse,
à un formidable gaspillage
qui compromet l’avenir. J’ai connu
un tel choc en 1962 quand un recen-
sement de la scolarité des Québécois
avait fait ressortir que 54
des adultes de plus de 25 ans
n’avaient pas dépassé la sixième
année d’études. Le Québec avait le
plus bas taux de scolarisation secondaire
du monde dit civilisé avec
le Portugal.
De ce recensement est sortie la Révolution
scolaire, la partie la plus
importante de la Révolution tranquille.
On a construit, on a recruté,
on a augmenté les impôts pour financer.
On a brassé, ce qu’un auteur
français d’autrefois décrivait
comme «ce matériau qu’on appelle
le million d’hommes ». C’était plus
simple que de s’occuper de la qualité
du système.
Ce n’est plus de ressources ni d’argent
qu’il s’agit aujourd’hui, c’est à
l’effondrement d’un système auquel
nous assistons.
La situation est beaucoup trop sérieuse
pour que l’on se contente du
jeu habituel de la recherche des
coupables des accusations de tout
un chacun et des modifications de
structure. Il faut d’abord poser un
diagnostic correct. Qu’est-ce qui est
arrivé ? Pourquoi en est-on là
Pourquoi les résultats du système
anglais d’enseignement sont-ils à ce
point meilleurs que ceux du système
français ? On veut savoir et il n’
a que le ministère de l’Éducation
qui puisse répondre. Depuis des années,
par le truchement d’une succession
de ministres des deux
bords, dans un charabia brumeux,
avec la complicité des facultés
d’éducation, on s’est servi des
jeunes comme de cobayes, on a imposé
aux enseignants des contorsions
intellectuelles étonnantes. Devant
le gâchis que ses propres
chiffres révèlent, il faut qu’il s’explique,
le «Ministère». Qu’est-ce qui
s’est passé ? Qu’est-ce qui se passe?
-Jacques Parizeau