La vie dans un sous-marin, on adore ou on déteste. Il n’y a pas de milieu. Marc Lebrun, lui, haït ça. «Il me reste un an, huit mois, trois semaines et deux jours d’ici ma retraite», dit-il sans hésiter.
Marc Lebrun est technicien en armement. Or, il n’y a pas d’armes à bord du NCSM Windsor. Ou si peu. Quelques guns, des choses comme ça. Mais les torpilles, les vraies, n’arriveront pas avant 2006.
Marc Lebrun s’ennuie. Il est carrément déprimé. Il passe ses journées à lire, assis par terre. Il n’a même pas de chaise pour s’asseoir. Il a mal au dos. Et il s’ennuie de sa femme et de ses deux ados.
«L’enfer»
«C’est l’enfer ici, tu peux pas t’imaginer. Il n’y a rien à faire. Tu dors jamais. Les toilettes sont toujours bloquées. Il fait 35 degrés Celsius. C’est bien ventilé parce que les médias sont là, mais normalement on crève de chaleur. Pas moyen d’envoyer un e-mail à ma famille.
«La nuit, je rêve à ma femme. On est dans notre chalet dans le bois. Puis je me réveille et fuck: je suis encore ici.»
— Pourquoi tu ne changes pas de job?
— J’ai pas le choix: il n’y a pas de relève. Il n’y a pas grand monde qui veut travailler dans les sous-marins. Quand j’aurai droit à ma retraite, je pars à 100 milles à l’heure d’ici. Je rêve de devenir conducteur de camion ou opérateur de machinerie lourde.