Héloïse Archambault
Journal de Montréal

«Le spectacle est fini»

Inondations | Montérégie - «Le spectacle est fini»

Yves Rancourt, 68 ans, et sa femme Lynda Leblanc, 54 ans, dénoncent l’attitude des militaires face aux sinistrés.© Héloïse Archambault/Agence QMI


Héloïse Archambault

Alors que les militaires se retirent progressivement de la Montérégie, la grogne ne cesse de se faire entendre sur le rôle qu’a réellement été appelée à jouer l’armée, dans la région de Saint-Jean-sur-Richelieu.

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« J’ai vraiment essayé de ravaler ma rage, mais je me suis dit qu’il fallait que quelqu’un dénonce. Le spectacle est fini. Moi, je vais m’ouvrir la trappe », lance d’entrée de jeu Lynda Leblanc, encore choquée.

Depuis l’arrivée des militaires dans la région, la femme de 54 ans et son mari, Yves Rancourt, 68 ans, n’ont reçu aucune aide pour installer les sacs de sable autour de leur résidence, bien qu’ils en aient fait la demande.

Fausse joie

Le 6 mai dernier, vers 16 heures, Yves Rancourt interpelle des militaires qui circulent devant sa résidence quelques instants après qu’ils eurent terminé les digues autour de la maison de son deuxième voisin, rue Fernet. S’il se réjouissait de recevoir enfin de l’aide pour empiler les cinq palettes de sacs de sable qu’il s’était fait livrer, la joie aura été de courte durée.

« Ils m’ont dit que leur journée était finie et qu’ils s’en allaient souper, raconte l’homme, stupéfait. Ils étaient une trentaine, ça leur aurait pris maximum 20 minutes. »

« Je ne pouvais pas croire qu’ils prenaient leur pause devant chez nous, en fumant leur cigarette, sans penser venir nous aider, ajoute sa femme. J’étais enragée. »

Maison « protégée »

Marguerite Beauchemin, la voisine en question qui a reçu de l’aide, ne peut pas non plus expliquer la situation.

« Il faut croire que notre maison a fait partie de la liste protégée, ditelle. Je pense qu’on a téléphoné pour avoir de l’aide quelques heures avant nos voisins. »

« Ils ne reviendront certainement pas 18 fois dans la rue. Ils étaient là », martèle Lynda Leblanc.

Que font les militaires ?

Plusieurs autres sinistrés de Saint-Jean-sur-Richelieu rapportent aussi avoir demandé de l’aide aux militaires, en vain.

« On ne sait pas trop ce qu’ils font. Ils passent parfois dans la rue et nous envoient la main en souriant », raconte ironiquement Marquis Rodrigue, sinistré de la rue Baraby.

« Je ne sais pas ce qu’il faut faire pour avoir de l’aide, se demande aussi Lise Perreault, une sinistrée de Saint-Blaise. J’avais mis mon nom sur la liste, mais je n’ai jamais eu de nouvelles. »

Retrait incognito des troupes

Le gouvernement a annoncé mardi le rapatriement progressif des militaires déployés en Montérégie.

Dans les rues inondées, hier, les sinistrés n’y voyaient pas de différence.

« On ne les a jamais vus, alors, qu’ils restent ou qu’ils partent, c’est du pareil au même », souligne Marquis Rodrigue.

Selon le lieutenant Denis Noël, officier des affaires publiques pour les Forces canadiennes, les militaires ont jusqu’ici protégé 685 résidences. Toutefois, leur mandat consiste en priorité à protéger les infrastructures municipales.

« Si nous sommes là et qu’on peut aider, on le fera. Mais il y a des priorités dans les tâches et on doit respecter le mandat. »



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