QUÉBEC - Le projet d’implantation d’une minicentrale électrique sur la rivière Jacques-Cartier à la hauteur de la municipalité de Shannon, soulève l’inquiétude chez les dirigeants de la Fédération québécoise pour le saumon Atlantique (FQSA) qui demandent l’arrêt complet du processus.
«Depuis 1979, plus de 11 millions $ ont été investis dans la réimplantation du saumon dans la rivière Jacques-Cartier. Il ne faudrait surtout pas que l’implantation de cette centrale de 3,3 mégawatts vienne mettre en danger tous ces efforts et le saumon lui-même, a expliqué le président de la FQSA, Yvon Côté. Nous demandons au gouvernement de mettre en place des audiences publiques sur le projet. Nous pourrons alors défendre notre position en expliquant nos doléances de façon très précise.»
Le projet de centrale, qui a été accepté, a été présenté par la municipalité de Shannon qui prévoit investir 10 millions $. Les profits nets annuels seraient de l’ordre de 700 000 $. «Il est certain que ces revenus permettraient à la municipalité d’investir ailleurs sauf que pour nous, le saumon demeure la ressource numéro un de la rivière, a précisé M. Côté. Il ne faut pas que les opérations de restauration soient affectées. Au contraire, elles doivent être intensifiées.»
Plusieurs obstacles
Il faut savoir que le saumon a déjà plusieurs obstacles durant son parcours sur la rivière. L’addition d’une autre structure qui augmenterait ses embûches pourrait avoir des conséquences sur la reproduction de l’espèce.
«Le saumon doit déjà franchir un obstacle à l’entrée de la rivière et par la suite la Gorge Déry et finalement deux minicentrales qui sont situées dans le secteur de Pont-Rouge, a ajouté M. Côté. Même s’il y a des passes migratoires, aucune n’est efficace à 100 %, ce qui a pour effet que le saumon est ralenti grandement avant d’atteindre son site de frai qui est plus haut que Shannon sur la rivière. Si le saumon, qui prend déjà du retard dans son parcours, est aussi ralenti à la hauteur de Shannon, la fenêtre de migration sera retardée et par le fait même, sa reproduction parce qu’il va arriver en retard sur les sites de frai.»
C’est dans cet esprit que la FQSA a adopté une résolution demandant au gouvernement que tout projet de développement hydroélectrique sur une rivière à saumon soit obligatoirement soumis aux audiences publiques.
Elle demande aussi au ministère des Ressources naturelles et de la Faune d’intensifier la poursuite des opérations de restauration du saumon dans la rivière Jacques-Cartier. Enfin, elle voudrait que le ministère de l’Environnement, du Développement durable et des Parcs accélère le processus de création d’une aire protégée afin de préserver l’intégrité écologique du corridor riverain de la rivière Jacques-Cartier.
«Nous croyons sincèrement que c’est la seule façon de préserver les efforts de tous les bénévoles qui travaillent dans le dossier depuis plus de 30 ans», a conclu Yvon Côté.